Mots de Noël : Marek Halter
MAREK
HALTER
Noël : « Allons, enfants de l'apathie ! »
Solidarité !
dégelons nos gestes et nos cris !
Pour savoir si nous pourrons dépasser nos tendances ""individualistes et raffermir le lien humain et social, je pense à cette phrase de Jésus, que David Ben Gourion m'avait décrit un jour
comme la "figure la plus lumineuse de l'histoire juive". Cette phrase dit: " Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir."
Et pour accomplir, il faut préférer la solidarité à la charité. Celle-ci me gêne car le mot implique qu'on se débarrasse par un geste, on se donne bonne conscience comme si celle-ci avait
un prix. Or la solidarité est sans limites.
Si je suis solidaire d'Ingrid Betancourt, je le suis jusqu'à sa libération, comme je le fus de Sakharov que nous sommes allés chercher à Gorki. Si on pouvait rendre, de la force à ce mot,
on trouverait celle de dépasser les replis sur soi et découvrir l'autre. Je défends souvent la Russie parce que je sais les difficultés que recèle l'apprentissage de la liberté, que j'ai
découverte à 14 ans en France. C'est une expérience si bouleversante qu'on en oublie qu'elle est d'abord la liberté de l'autre.
Comprendre à quel point liberté et solidarité sont liées,' c'est une lente conquête. Si on faisait passer cette idée, on vaincrait ce désintéressement du monde qui referme la société sur
elle-même.
Je suis optimiste, c'est pourquoi je suis en colère. Pour moi, tous les hommes ont une conscience, même les assassins. Sinon, ils ne chercheraient pas sans cesse à justifier leurs actes.
Et l'individualisme est une écorce. À nous de la rompre pour toucher la conscience des hommes. Encore faut-il trouver les gestes qu'il faut pour être efficace. Parler à un
ami, c'est facile, tout le monde le fait; mais parler à un ennemi suppose un apprentissage.
.
Si nous fendons l'écorce, cet être si différent de nous sera sensible à notre parole, et là commence l'aventure. Rabelais explique que nos cris sont des gouttes gelées dans l'air qu'il
faut attraper pour les réchauffer entre nos mains. j'aime cette image. Il nous faut faire revivre les cris, apprendre les gestes qui dégèlent fa conscience. Je voudrais qu'on. crie
ensemble, comme j'avais demandé aux téléspectateurs de le faire avec moi après le meurtre du jeune Han Halimi.
Ce jour-là, "Le Canard enchaîné" avait écrit :
"Allons enfants de l'apathie".
C'est exactement ça!)
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