"Vivre de nouveaux commencements.."
Lettre pastorale de rentrée

Vivre de nouveaux commencements
par Claude DAGENS,
évêque d’Angoulême
Chers amis,
Je rumine souvent les premières paroles que Jésus adresse à Simon – Pierre, au bord du lac
de Tibériade : « Avance en eau profonde, va au large et jetez les filets ! » (Luc 5, 4).
Et Simon – Pierre obéit. Il ne calcule pas. Il n’oublie pourtant pas que, la nuit
précédente, son travail a été sans résultats. Il jette ses filets. Ce Jésus de Nazareth, qu’il connaît à peine, il se fie à sa parole. Il accepte d’être lié à lui, contre vents et marées. Sa vie
entière d’apôtre est comme contenue en germe dans sa réponse à ce premier appel. Il est prêt à collaborer à l’œuvre du Christ. Il ira pour cela de commencement en commencement, en prenant des
risques.
Ce dialogue de l’Évangile me semble convenir à cette époque de rentrée. Voici venu le
temps où nous reprenons notre travail, nos responsabilités, nos engagements ! Mais comment vivre ce temps de reprise ? S’agit-il seulement de remettre en marche la machine de nos
activités, après l’interruption des vacances ? Ou bien sommes-nous capables de vivre comme de nouveaux commencements, en apprenant à voir le travail inlassable de Dieu en nous et parmi
nous ?
C’est un souhait profond que je vous confie par cette lettre : je voudrais que nous
apprenions ensemble à témoigner de la nouveauté de Dieu en ce temps qui est le nôtre, où l’incertitude l’emporte sur l’espérance. Je voudrais que nous comprenions davantage que le christianisme est
nouveau parce qu’il est méconnu et que nous aussi, nous sommes souvent méconnus en tant que disciples de Jésus Christ.
Ne perdons pas de temps à gémir sur les failles évidentes de notre société si fragile, ni
sur les faiblesses également si évidentes de notre Église ! À nous de voir les signes du travail de Dieu à l’intérieur de notre humanité !
Permettez-moi ici d’être votre porte-parole en témoignant de ces signes que Dieu nous
donne et de mettre en relief le terrain primordial de notre mission chrétienne : celui de l’expérience spirituelle.
Je ne vous cache pas que cette lettre pastorale se situe dans le sillage de trois
événements récents qui m’ont marqué.
- Le 15 août, j’ai été très touché d’apprendre la mort de Monseigneur Marius MAZIERS,
l’ancien archevêque de Bordeaux, qui m’avait ordonné prêtre en 1970 et évêque en 1987. Cet homme a été un véritable apôtre du Christ. Il savait à sa manière souffrir pour l’Église et par l’Église.
J’étais heureux de pouvoir lui parler et de le remercier, en prononçant l’homélie de ses obsèques et en rappelant cet appel qu’il avait lancé le lundi saint 1985 : « Ne rêvons
pas de l’Église d’hier, soyons attentifs aux bourgeonnements de l’Église d’aujourd’hui dans lesquels se préparent les fruits de demain. »
- À la fin du mois d’août, j’ai passé quatre jours à Taizé, pour répondre à une invitation
insistante du frère Aloïs, le successeur du frère Roger. Ce fut comme un grand bain d’amitié, de dialogue et de prière, avec les frères et avec les jeunes qui étaient venus là, comme on vient à une
source. Car à Taizé, on expérimente la nouveauté et la fraîcheur de l’Évangile et de la fraternité chrétienne.
- En ce mois de septembre, je viens de participer à la visite en France de Benoît XVI, de
Paris à Lourdes. J’ai cru comprendre qu’à travers ce pèlerinage, l’évêque de Rome nous adressait un double appel : à aller au cœur de la tradition chrétienne, qui passe spécialement par la
Parole de Dieu et par l’Eucharistie, et à inscrire cette tradition à l’intérieur de notre société marquée à la fois par l’oubli de ses racines et par une véritable attente
spirituelle. À sa manière, cette lettre pastorale prolonge ce double appel de notre pape.
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