Rupture (6)...Cabanes de gosses et...Eglise !
Un jour que mes parents avaient invité un de leurs amis Prêtres « directeur » au grand séminaire, je l'entendis proclamer à la fin du repas à propos des Jeunes Prêtres terminant leurs études : « quand ils sortent après des années de séminaire, nous en faisons ce que nous voulons »...
Quand mon tour est venu..alors que mes collègues recevaient leurs « affectations » en paroisse ou institutions du diocèse, il me fut signifié que j'étais envoyé à Rome pour poursuivre des études de Théologie dans un premier temps et puis si les choses se passaient correctement, deux années supplémentaires pour des études spécialisées sur les questions de « Théologie Morale » : il s'agirait de me préparer à être professeur au Séminaire dès mon retour : en ce beau jour d'entretien dans le bureau de mon responsable de l'époque j'avais à peine 22 ans : on me demandait quatre années d'étude : je serai donc professeur de Théologie Morale au Grand Séminaire, chargé de la formation des nouveaux Prêtres ...à 26 ans !
C'était bien difficile à discuter ! Aller à Rome était une « promotion » ; pour ma famille, c'était une fierté, car comme l'exprimait un bon vieux grand oncle au cours d'une fête familiale : « Rome, c'est Polytechnique des Curés ! »
Je ne me souviens pas avoir ressenti cette fierté et ce que représentait cette « destination » pour mes parents...car je n'étais pas convaincu que c'était pour moi le meilleur chemin...Mais assurément, il n'y avait rien à dire !
Tout au long de mes années de séminaires, je n'avais raté aucune des occasions qui nous étaient offertes d'aller dans les paroisses, d'aider les curés à faire du catéchisme, à faire vivre des mouvements d'enfants ou de jeunes, de participer à des groupes oecuméniques, d'aider pour la liturgie et les fêtes puisque j'avais cette responsabilité au séminaire...et je trouvais que toutes ces expériences enrichissaient considérablement le travail intellectuel !
Pendant toute une année, je suis allé avec un de mes condisciples, Pierre Marie, dans une paroisse de gros village suite à la demande faite par le curé de l'endroit d'avoir des séminaristes ; « voilà, il y a des groupes de gosses qui vivent chacun de leur côté, qui s'ignorent et éventuellement se tapent dessus : vous devriez essayer de faire quelque chose d'intelligent avec eux ! »
De mercredi en mercredi, nous avions pu faire connaissance avec ces « bandes » ; il y avait essentiellement celle du bourg, c'étaient les enfants des commerçants et artisans ; il y avait par ailleurs de l'autre côté du vallon la bande des HLM : c'étaient les enfants des ouvriers, de quelques familles espagnoles ou portugaises ; de fait ces deux petits monde s'ignoraient dans le meilleur des cas et n'hésitaient pas à se faire la guerre jusque dans la cours de l'école..
Le contact fut plus facile avec les premiers : les parents étaient engagés dans la paroisse , quelques mères étaient catéchistes et rapidement il nous a été possible de nous insérer dans leurs activités...
Avec les autres, ce fut bien plus difficile : nous étions en « soutane » et à vrai dire cela ne facilitait pas les choses...
La seule évocation de rencontres ou échanges avec les seconds provoquaient immédiatement chez les premiers des réactions de rejet ...
On avançait dans l'année et à vrai dire nous ne faisions pas mieux que de la garderie améliorée pour fils de petits bourgeois...et nous avions mal Pierre et moi de ne pouvoir faire grand chose pour changer l'état d'esprit...
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Un jour en passant outre un certain nombre d'interdits, alors que je passais par là pendant les vacances, j'ai tenté d'aller dans le quartier des HLM « en civil », et en bordure de la cité, je repère un groupe d'enfants qui jouaient dans un petit bois...Je les vois essayer de construire des « cabanes » et les entends se quereller ; j'arrive à parler avec eux :
- « nous, on est pauvres ! On n'a que des bouts de bois et on peut pas faire de vraies cabanes ! Vous connaissez pas des gens qui pourraient nous donner d'autres matériaux ? »...
La réponse me sortit naturellement de la bouche :
- « non, moi je ne connais pas mais vous, êtes vous surs que vous ne connaissez pas des personnes qui pourraient vous aider ? »..
- "Vous rigolez, personne ne veut de nous ici » ! ...
- « Si vous allez causer à coup de cailloux, vous n'allez pas arranger les choses »...Peut être y a t il mieux à faire !..Et puis je suis parti : les vacances d'été mirent fin à cet expérience...
Au mois de Septembre, quelques jours avant de partir à Rome, je suis repassé par ce village pour saluer une famille amie du bourg et je trouvais là Christian...
« Tu sais l'abbé, ça a tout changé ici ! Un jour vers la fin de l'année scolaire, en récré à l'école, il y a un gars des HLM qui nous a demandé à nous, ceux du bourg, si on n'avait pas des vieilles tôles pour leurs cabanes ! »
Et Christian me raconte comment lui, le fils du plombier, celui de l'entrepreneur du coin, ont ramassé des chutes de matériaux divers, les gars des HLM sont venus chercher tout ce fatras et tous ensemble ils ont investi le bois pour faire de superbes cabanes et les jeux qui vont avec !
« Bien sûr , ajoute Christian, des fois les jeux dégénèrent un peu et il y a quelques coups, mais c'est pas comme avant : on est devenus copains ! »
Dans le train qui n'en finissait pas d'arriver à Rome, je me remémorais cette histoire de gosses ! Et je me demandais s'ils ne m'avaient pas fait comprendre le meilleur de la Théologie de l'Eglise sur laquelle je me préparais à plancher ! Je m'en voulais de ne pas avoir sur les éveiller les uns aux autres : eux aussi auraient pu comprendre comment la complémentarité qu'ils ont vécu les ouvraient à la vie en Église et à sa compréhension ! Dommage !
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Comment ferai je pour m'enfermer dans des bibliothèques fermées, moi qui grâce à ces gosses et quelques autres avait eu la chance d'être instruit par le livre ouvert de la vie ?
J'aurais peut-être du raconter cette histoire à mes supérieurs !!