Rupture (7)...Plongés dans le bouillon de Culture !
Dès les premières semaines, il faut songer à apprendre, à se préparer à passer des examens en latin : il y aura 96 Thèses à savoir pratiquement par coeur pour obtenir la licence au bout de deux ans...
Entre les cours et au Séminaire, notre lieux de vie, les discussions vont bon train : ce sont des échanges passionnants entre jeunes intellectuels pas si bêtes qui discutent les opinions émises pendant les cours, chacun en fonction de ce qu'il comprend, de ce qui le séduit, ou qui est conforme à ses schémas de pensée...
A l'extérieur, on va de temps en temps respirer l'air de la contestation ou celui du traditionalisme : les conférenciers sont nombreux qui viennent du monde entier porter leur réflexion ...
Nous avons la chance d'être témoins d'événements hautement significatifs de ce qui se passe dans l'Église de l'époque : je me souviens avoir été là à deux pas de l'endroit où sous l'objectif de ma vieille camera se rencontrent Paul VI et le patriarche Athenagoras...Il y eut la première assemblée du Synode des Évêques convoqué par le Pape en application des décisions conciliaires, un congrès Mondial de l'apostolat des laïcs où participent la plupart des grands mouvements d'évangélisation..
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Des commissions post conciliaires se réunissaient par exemple pour organiser l'application de la réforme liturgique ou pour réviser le droit Canon..
De tous ces événements, nous avions des retombées sous forme de rencontres, de visites, d'échanges informels...
Certes, nous étions là pour étudier, pour passer des examens et rentrer dans nos diocèses remplir les missions d'enseignement qui attendaient la plupart d'entre nous..
Mais comment digérions nous la richesse de cette vie ? Comment réagissions nous devant les thèses avancées, les changements proposés, les questions agitées ? Demain nous serions forcément leaders pour d'autres ! Sur quelles convictions et quelle conscience les guiderions nous ?
Certains faisaient le choix de ne pas se laisser impressionner et apprenaient tranquillement ce qu'on leur demandait d'apprendre et repartiraient ...peut être malgré tout un peu conditionnés..
Mais beaucoup de posaient des questions, avaient envie d'aller plus loin, de mieux comprendre et assimiler ...
Mais comment faire ?
Au Séminaire ce n'était pas facile ! Prenait corps dans cette maison le mouvement intégriste de Monseigneur Lefevre : tout dialogue se durcissait quand il avait la chance d'exister et personne ne souhaitait prendre la responsabilité de libérer des échanges qui auraient pu faire exploser cette maison vénérable...
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A l'université, il y avait des possibilités : en marge des cours, certains professeurs proposaient des échanges et des travaux de groupes qui permettaient des échanges passionnants même s'ils restaient toujours sur le plan intellectuel...
Autour d'un expert spécialiste de la doctrine sociale de l'Eglise j'ai la chance de faire
partie d'un groupe international où nous essayons de comprendre dans quelle logique devrait entrer une vie sociale, une action politique, une éthique du travail soucieuses d'être au service de « l'homme créé à l'image de Dieu »..
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Me manquaient terriblement mes « gosses des cabanes » ! Ou plus largement la possibilité d'éclairer toute cette ébullition intellectuelle par la vie, la vie des personnes pour le service de laquelle nous étions là, tous, pour étudier !
Mais comment faire ? Avec qui tenter cette démarche ?
Certains d'entre nous avaient la chance de rencontrer de temps en temps leur évêque ou un responsable de leur diocèse chargé de la vie des étudiants : ils avaient ainsi la possibilité de dire comment ils vivaient leurs études, quelles étaient leurs préoccupations et leurs soucis : j'ai ainsi vu certains de mes condisciples changer d'orientation, interrompre quelques mois leurs études universitaires pour faire des stages dans la vie concrète des paroisses ou des institutions de l'Église ;
d'autres ont pu exprimer qu'ils se sentaient appelés à d'autres études pour d'autres fonctions que celles auxquelles ils étaient destinés et vivre ensuite tout à fait autre chose...
Mais, à cette époque, ceux qui avaient cette chance n'étaient pas les plus nombreux et ce ne fut pas en tous cas mon cas, moi qui en six années de vie universitaire à Rome n'ait jamais vu qui que ce soit venir voir comment cela se passait....
Par contre entre la poire et le fromage le jour du mariage d'un ami pendant les vacances le responsable des études du diocèse m'indique qu'il a un mot à me dire ... Nous nous écartons un peu : « A la rentrée, plutôt que de t'inscrire pour faire des études de Théologie Morale, inscris toi à l'institut Biblique, nous avons besoin d'un professeur d'exégèse dans les meilleurs délais... » : à mes questions il répondit simplement : « je suis sûr que tu te débrouilleras...ne tardons pas, allons rejoindre les convives.. »
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Les études Bibliques sont les plus lourdes et sans doute les plus éprouvantes : une étude approfondie de la Bible amène forcément à une discussion qui peut être sévère de certains aspects du dogme catholique : c'est dire qu'elles nécessiteraient encore plus de colonne vertébrale et de contacts avec la « Vie vécue »...
Dès la deuxième année de mes études, j'ai pris contact avec une paroisse Italienne de la banlieue de Rome dans le but d'aller y donner un coup de main le Dimanche et voir vivre le Peuple Chrétien...
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Oui me dit le brave curé, mais ne venez pas faire de la figuration, apprenez l'Italien et ici vous participerez à toute la vie de la paroisse !
« Pepino » un copain séminariste se rend disponible pour accélérer ma formation en Italien et pendant deux ans j'ai eu la chance de participer à la vie de cette paroisse...
J'ai eu aussi la chance de rencontrer des mouvements d'action catholique internationaux et un certain nombre de personnes en prise directe avec la relance post concilaire de l'apostolat des laïques et comme je l'expliquerai plus loin je dois à ces rencontres d'avoir mieux compris la théologie de la Création et surtout le type de pastorale qu'elle implique : et ce que j'ai appris de cette façon, je ne l'avais pas trouvé dans les cours ou les livres...
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Quelle adéquation entre les personnes et un programme d'études ?
De quelle recherche intellectuelle la Mission a t elle besoin ?
Comment les étudiants se structurent par rapport à leur vocation ?
Quel lien entre les études d'aujourd'hui et l'engagement Missionnaire de demain ?
Comment l'étudiant participe à son avenir ?
Il y a des sections "sport-études" ! Pourquoi pas des sections "mission-études" ?
Où l'étudiant, le Prêtre-étudiant partage-t-il sa Foi ? le coeur de sa Vie ?
Si ces questions s'étaient posées vraiment, mon ami indien Simon, Prêtre du diocèse indien de Bangalore ne serait pas venu me voir la veille de sa thèse en exégèse Biblique pour me dire :"demain je serai docteur, mais je me suis laissé détruire : je vais essayer de me retrouver hors de l'Eglise..."
Combien sont partis
quelquefois même atteints gravement nerveusement
tout simplement car ils n'ont été que des pions
sur l'échiquier des effectifs cléricaux !
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