Cyrus, un païen envoyé par Dieu ?
Cyrus, un païen envoyé par Dieu ?
voir le lien : réflexion sur Esaïe 44 : 28 – 45 : 13
Avec ses soixante-six chapitres, le livre d’Esaïe offre une lecture captivante alliant théologie, sagesse, foi mais aussi critique et humour. Les questions de l’auteur, du lieu et de la date de rédaction de ces chapitres divisent les théologiens qui ne peuvent rien affirmer avec certitude sur ces points. Je me suis, moi aussi, penché sur le sujet. Cependant, ce n’est pas tant la forme que le fond de ce livre d’une telle richesse théologique qui me fascine le plus. Sans oublier les aspects politiques et messianiques de certains passages. C’est à juste titre que le livre d’Esaïe est parfois appelé « l’Evangile de l’Ancien Testament ». Les écrits du Nouveau Testament font d’ailleurs fréquemment référence aux textes d’Esaïe.
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La seconde partie du livre (Deutéro-Esaïe) comprend un nombre important de textes que le Nouveau Testament identifie comme des prophéties sur Jésus : c’est le « Chant du serviteur de Dieu »[1]. Le texte le plus connu et le plus frappant se trouve au chapitre 53.
Or, le chapitre 45 présente certaines similitudes avec le Chant du serviteur : le texte mentionne également le "oint de Dieu". Nous connaissons les mots "Messie" et "Christ". Provenant respectivement de l’hébreu et du grec, ces mots signifient "le oint". Ce titre désigne une personne qui a été appelée et consacrée par Dieu pour accomplir Sa volonté. Ce qui a été le cas du roi David ou encore de Jésus-Christ.
Toutefois, le chapitre 45 ne porte pas - du moins pas directement - sur Jésus. Il ne s’agit pas non plus d’un prophète ou d’un homme politique juif. Au grand étonnement du lecteur d’aujourd’hui - et certainement de celui d’autrefois – ce texte parle d’un païen, du nom de Cyrus. Cyrus n’est rien moins qu’un roi perse qui est d’ailleurs mentionné dix-neuf fois au cours de l’Ancien Testament[2].
Le texte en question est le suivant :
« Ainsi parle l’Eternel, ton rédempteur, (...). Je dis de Cyrus : il est mon berger, et il accomplira toute ma volonté ; il dira de Jérusalem : qu’elle soit rebâtie ! Et du temple : qu’il soit fondé ! Ainsi parle l’Eternel à son oint, à Cyrus, qu’il tient par la main, pour terrasser les nations devant lui, et pour relâcher la ceinture des rois, pour lui ouvrir les portes, afin qu’elles ne soient plus fermées : je marcherai devant toi, j’aplanirai les chemins montueux, je romprai les portes d’airain, et je briserai les verrous de fer. Je te donnerai des trésors cachés, des richesses enfouies, afin que tu saches que je suis l’Eternel qui t’appelle par ton nom, le Dieu d’Israël. Pour l’amour de mon serviteur Jacob, et d’Israël, mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai parlé avec bienveillance, avant que tu me connaisses. Je suis l’Eternel, et il n’y en a point d’autre, à part moi il n’y a point de Dieu ; je t’ai ceint, avant que tu me connaisses. C’est afin que l’on sache, du soleil levant au soleil couchant, qu’à part moi il n’y a point de Dieu : je suis l’Eternel, il n’y en a point d’autre. Je forme la lumière (...). C’est moi qui ai fait la terre, et qui sur elle ai créé l’homme ; c’est moi, ce sont mes mains qui ont déployé les cieux, et c’est moi qui ai disposé toute leur armée. C’est moi qui ai suscité Cyrus dans ma justice, et j’aplanirai toutes ses voies ; il rebâtira ma ville, et libérera mes captifs, sans rançon ni présents, dit l’Eternel des armées. » Esaïe 44 : 24 – 45 : 13 (version Segond)
Ce texte a de quoi surprendre. Comment se fait-il que les expressions employées pour désigner un roi païen dans ce passage soient semblables à celles utilisées pour parler de Jésus dans d’autres textes prophétiques ? « Mon berger », « oint », « je suis l’Eternel qui t’appelle par ton nom », « c’est moi qui ai suscité Cyrus », etc.[3]
Les juifs déportés à Babylone auraient certainement préféré que ce soit un chef juif qui les libère et les ramène au pays promis. Mais ce n’a pas été le choix de Yahvé (Dieu) qui choisit, pour certaines raisons, un roi perse afin d’accomplir Sa volonté.[4]
Pourquoi Dieu a-t-il justement choisi un païen ? Je ne peux, bien évidemment, pas répondre à cette question mais le texte nous livre quelques indices :
- Dieu veut que Cyrus comprenne qu’il a été consacré par Dieu.[5] Nous ne pouvons en conclure pour autant que Cyrus s’est converti au judaïsme suite à cela. Ce n’est mentionné ni dans la Bible ni dans d’autres écrits de cette période. Pourtant, Cyrus est appelé à comprendre que son autorité ne vient pas de lui mais du Dieu d’Israël.
- Quant au peuple élu, il est appelé à reconnaître qu’il n’y a point d’autre Dieu que le Dieu d’Israël. La grandeur et la toute-puissance de Dieu ne se limitent pas au seul peuple juif puisqu’Il oint et consacre également des païens. Sa souveraineté se manifeste dans le fait qu’Il peut même appeler des hommes qui n’appartiennent pas au peuple élu.
- Le monde entier est appelé à reconnaître Dieu pour qui Il est. Après tout, ces événements ont montré que le Dieu d’Israël est le seul vrai Dieu. Quels que soient - ou qui que soient - les autres dieux, par exemple le dieu babylonien Mardouk, ils ne sont rien en comparaison du vrai Dieu. Il est le créateur de tout l’univers, c’est lui qui a créé tous les êtres humains. Voici le message des chapitres qui précèdent et suivent le passage sur Cyrus. Dieu délivre les Juifs déportés à Babylone afin de faire connaître sa grandeur et sa miséricorde envers toute l’humanité.
Le texte sur Cyrus est donc tout simplement
une « Bonne Nouvelle ».· Une bonne nouvelle pour les Juifs de l’époque qui ont pu ainsi retourner « en hommes libres » dans leur pays.
· Une bonne nouvelle pour le roi perse. Quel privilège, en effet, que de recevoir un tel honneur de la part de Dieu !
· C’était - et c’est toujours - une bonne nouvelle pour les païens : le Dieu d’Israël se tourne vers l’humanité dans son ensemble.
· Enfin, c’est toujours une bonne nouvelle pour les chrétiens confessants.
Cette nouvelle libératrice nous permet d’élargir notre horizon ! Dieu est le créateur de tous les êtres vivants.
Il fait même appel pour réaliser Ses plans à des êtres humains qui ne Le connaissent pas et qui ne se tourneront peut-être jamais vers Lui.![]()
"A ce que je ferai pour vous, vous verrez qui je suis ! "