Pouvoir, Bible, Théologie

Publié le par MICHEL


Dans la bible la Parole de Dieu est incarnée dans un écrit.

Cet écrit qui est « Parole de Dieu »
- est histoire se déroulant dans un temps, dans une géographie,

- il est la vie d'un peuple qui souffre, s'exprime, chante, pleure, fait la guerre

- il est la vie d'un peuple qui au long de ses jours découvre qu'il vit une « Alliance » avec un Dieu qu'il ne sait pas nommer mais qui se révèle à lui au fur et à mesure des événements...


On peut toujours lire ces écrits de façon brute en oubliant qu'ils sont ainsi incarnés
et se laisser « prendre » par ces textes qui seraient le lieu d'une rencontre « spirituelle » par le seul fait qu'ils sont lus...


Pendant des siècles et plus précisément depuis la contre réforme, la lecture de la Bible a été déconsidérée dans l'Eglise catholique : bien des textes étaient quasiment « interdits » à la lecture et beaucoup d'autres ne servaient qu'à appuyer une spiritualité souvent bien desincarnée.


L'Eglise a construit sa doctrine sur le « dogme » c'est à dire la Théologie, la Bible étant quelque peu asservie...

La Théologie est constituée de Thèses ou dogmes intellectuellement solidement charpentés autour de quelques « preuves » dont la « preuve scripturaire »...

On pose une doctrine et pour la justifier on va chercher un texte biblique que l'on interprète de façon littérale en l'affranchissant le plus souvent de son contexte.

L'Ecriture est ainsi appelée à la rescousse de la Théologie et du dogme pour les renforcer et rendre plus solides aussi les conséquences ou applications de la dite Théologie, dans la vie chrétienne, la discipline et la pastorale de l'Eglise, son enseignement et son droit.


En 1942, le Pape Pie XII autorise enfin que les textes bibliques dans laquelle la Parole de Dieu s'incarne soient soumis à la critique scientifique telle qu'elle est largement utilisée pour la littérature profane (Encyclique « Divino afflante spiritu ») : elle permet en particulier de comprendre et d'approfondir le sens d'un texte en prenant en compte le contexte historique dans lequel il a vu le jour, la forme littéraire qui est la sienne, la personnalité des auteurs et leurs conception du monde etc....


Depuis cette période, un travail considérable a été fait par les « exégètes » catholiques de plus en plus en lien avec les « exégètes » d'autres confessions et il est apparu que les textes Bibliques étaient porteurs non seulement de signification mais aussi à travers les liens existant entre eux dans le cadre d'une histoire, celle de l'Alliance entre Dieu et son Peuple, d'une véritable Théologie pas forcément en phase avec la Théologie traditionnelle..


Il a pu s'en suivre une tension entre Théologiens « dogmatiques » et Théologiens « Bibliques »

Cette tension est source de richesse car elle oblige à aller plus loin dans la réflexion sur la Foi,

dans la mise en œuvre de la Mission et de la Pastorale comme dans la Spiritualité.

C'est là l'une des raisons de la convocation du Concile Vatican II, de la richesse considérable de son travail et peut être de la difficulté à mettre en œuvre sa doctrine renouvelée..et les remises en question qui l'accompagnent forcément...



La Théologie dogmatique a le plus souvent pour objet de construire des « certitudes » hors des quelles il y a anathème ; de ces certitudes qu'il faut parfois défendre découle forcément un « pouvoir »


La Théologie Biblique a pour objet la compréhension des textes et la découverte de leur « sens » à travers l'histoire de leur écriture, sa forme, ses auteurs...       
Elle exige grande persévérance  , recherche,confrontations, quelquefois elle reste dans le doute ; de cette obligation de « comprendre » découle la nécessitè d'écouter et de scruter avec grande patience car la clarté n'est pas toujours immédiate...


En voulant remettre au premier plan la lecture « littérale » de la Bible et en exprimant la volonté d'une prise de distance par rapport à l'exégèse et notamment la méthode historico-critique que veut on en réalité ?

On peut craindre qu'il s'agisse de redonner franchement la main à la théologie dogmatique,
ses dogmes et surtout même si cela n'est pas dit, à tous les « pouvoirs » qui en découlent
et de reléguer au second plan comme « relativistes » les approches par la recherche et l'écoute
d'une théologie plus Biblique.




Comme le Christ Incarné se révèle au coeur de l'histoire de l'humanité

"le soleil de chaque homme"

la Parole de Dieu s'extrait d'un texte ecrit par des hommes

vivant l'histoire de l'Alliance avec leur Dieu...

C'est le Mystère de l'Incarnation...!


Voir : A propos d'Exégèse et Théologie
"On ne peut écouter la Parole de Dieu et rester indifférent"
  Interview de Mgr Laurent Monsengwo secrétaire général du Synode (Oct 2008)

"......Le clivage entre exégètes et théologiens est un malentendu. On ne peut pas faire de l’exégèse actuellement sans recourir à la méthode historico-critique. Il faut savoir ce que signifient les mots, avoir étudié leur itinéraire jusqu’au moment où ils ont été incorporés dans le texte scripturaire. Le texte biblique est une suite d’interprétations, avec des emprunts : le P. Cazelles, dans la Commission biblique en 1976, parlait ainsi des « dettes » du texte biblique envers les cultures des époques où il était en train d’être transmis.

Mais il y a un risque, que le pape a rappelé dans son livre. Si l’on montre d’où vient tel mot, et que l’on s’arrête là, sans faire le lien avec le sacré, on ferme les choses. Or, l’interprétation ouvre le texte vers l’avenir. Le risque est que l’exégèse bloque le texte, du fait même d’un travail critique. En réalité, entre exégètes et théologiens, il y a complémentarité et non opposition. Les écrits d’un Pierre Grelot (NDLR : exégète et membre de la Commission biblique pontificale), par exemple, ne bloquent pas la Parole de Dieu !......"

Voir : Gestes de Dieu dans nos vies

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Publié dans Vie de l'Eglise

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