Carmen, nous sommes avec toi !
Un document qui émane de "tout près du Vatican"
Qui vient en contre point d'attitudes etonnantes par leur dureté,
publié par l'Osservatore Romano
et cité par "La Croix"
.....
On a pu lire sur ce blog des textes particulièrement durs concernant l'attitude de l'Eglise dans la "affaire de Recife"
Il convenait donc que nous portions celui ci à la connaissance de nos lecteurs, et que cela conduise chacun à réfléchir sur ce que la Loi peut imposer à la vie et sur ce que la vie peut attendre de la Loi..fut elle "canonique"
Mgr Rino Fisichella,
président de l’Académie pontificale pour la vie (1) depuis juin 2008, a publié hier une tribune dans « L’Osservatore Romano », dont nous publions de très larges extraits
voir le texte intégral (en italien) : Dalla parte delle bambina brasiliana
«L’affaire, avec toute sa dimension dramatique, est simple.
C’est celle d’une enfant de seulement 9 ans
– nous l’appellerons Carmen –
que nous devons regarder droit dans les yeux,
sans détourner même un instant le regard,
pour lui faire comprendre combien nous l’aimons. (…)
Carmen représente une histoire de violence familiale
et a fait la une des journaux,
uniquement parce que l’archevêque d’Olinda et de Recife
s’est hâté de déclarer l’excommunication
pour les médecins qui l’ont aidée à interrompre sa grossesse. (…)
Il n’y a pas de mot adéquat pour condamner de tels épisodes,
et les sentiments qui en découlent
sont souvent un mélange de colère et de rancœur
qui ne s’apaisent que lorsque justice est réellement faite,
et lorsque la peine infligée au délinquant en cause est sûre d’être purgée.
Carmen devait être avant tout défendue,
embrassée,
caressée avec douceur pour lui faire sentir
que nous étions tous avec elle ;
tous, sans aucune distinction.
Avant de penser à l’excommunication,
il était nécessaire et urgent de sauvegarder sa vie innocente
et de la ramener à un niveau d’humanité dont nous,
hommes d’Église,
devrions être experts et maîtres dans l’annonce.
Cela n’a malheureusement pas été le cas,
et la crédibilité de notre enseignement s’en ressent,
qui apparaît aux yeux de beaucoup
comme insensible, incompréhensible et sans aucune miséricorde.
C’est vrai, Carmen portait en elle d’autres vies innocentes comme la sienne,
même si elles étaient le fruit de la violence,
et qui ont été supprimées;
mais cela ne suffit pas pour porter un jugement
qui tombe comme un couperet.
Dans le cas de Carmen,
la vie et la mort se sont affrontées.
À cause de son très jeune âge et de sa santé précaire,
sa vie était sérieusement mise en danger par sa grossesse en cours.
Comment agir dans ces cas là ?
La décision est difficile pour le médecin et pour la loi morale ellemême.
Des choix comme celui-ci,
même dans une “casuistique” différente,
se répètent chaque jour dans les salles de réanimation
et le médecin se retrouve seul face à sa conscience
pour devoir décider de ce qu’il convient de faire.
Personne, de toute façon, ne prend une décision de ce genre avec désinvolture ;
il est injuste et offensant de seulement le penser.
(…) Le médecin porte avec lui son histoire et son expérience ;
un choix comme celui de devoir sauver une vie,
tout en sachant qu’on en met une deuxième en grand danger,
n’a jamais été vécu avec facilité.
Certes, certains s’habituent à ce type de situation au point de ne plus éprouver d’émotion ;
mais dans ces cas,
on réduit le choix d’être médecin au seul métier
vécu sans enthousiasme et subi passivement.
Toutefois, faire de quelques exceptions une généralité serait non seulement incorrect mais injuste.
Carmen pose de nouveau un cas moral des plus délicats;
le traiter de façon expéditive ne rendrait justice
ni à sa fragile personne
ni à ceux qui sont impliqués à différents titres dans cette situation.
Comme chaque cas individuel et concret, de toute façon,
il mérite d’être analysé dans sa particularité, sans généralisations.
La morale catholique a des principes
qu’on ne peut mettre de côté,
quand bien même on le voudrait.
La défense de la vie humaine depuis sa conception en fait partie,
et se justifie par le caractère sacré de l’existence.
Chaque être humain, en effet, dès son premier instant,
porte imprimée en lui l’image du Créateur,
et pour cela nous sommes convaincus
que la dignité et les droits de chaque personne doivent lui être reconnus,
le premier de tous étant celui de son intangibilité et de son inviolabilité.
L’avortement provoqué a été toujours condamné par la loi morale
comme un acte intrinsèquement mauvais
et cet enseignement de meure inchangé aujourd’hui,
depuis les premiers jours de l’Église.
Le concile Vatican II, dans Gaudium et spes
– document d’une grande ouverture et prise en compte du monde contemporain –
emploie de manière inattendue des mots sans équivoque et très durs contre l’avortement direct.
Même la collaboration formelle à cet acte constitue une faute grave
qui, lorsqu’elle est réalisée,
place automatiquement hors de la communauté chrétienne.
En termes techniques,
le code de droit canonique emploie l’expression latae sententiae
pour indiquer que l’excommunication se réalise dans l’instant même où le fait se produit.
Retenons qu’il n’y avait nul besoin de tant d’urgence et de publicité
pour déclarer un fait qui se réalise de manière automatique.
Ce dont on ressent le plus grand besoin en cet instant,
c’est le signe d’un témoignage de proximité avec ceux qui souffrent,
un acte de miséricorde qui,
tout en maintenant fermement le principe,
est capable de regarder au-delà de la sphère juridique
pour rejoindre ce que le droit lui-même prévoit comme finalité de l’existence :
le bien et le salut de ceux qui croient en l’amour du Père
et de ceux qui accueillent l’Évangile du Christ
comme les enfants que Jésus appelait auprès de lui
et serrait dans ses bras en disant que
le Royaume des cieux appartient à ceux qui sont comme eux.
Carmen, nous sommes avec toi.
Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvée,
nous voudrions tout faire
pour te rendre la dignité dont tu as été privée
et l’amour dont tu auras encore plus besoin.
Ce sont d’autres personnes qui méritent l’excommunication et notre pardon,
pas ceux qui t’ont permis de vivre
et t’aideront à retrouver l’espoir et la confiance.
Malgré la présence du mal et la méchanceté de beaucoup. »
MGR RINO FISICHELLA
(Traduction « La Croix »)
(1)L’Académie pontificale pour la vie rassemble des spécialistes des questions éthiques, en majorité des laïcs, en vue d’éclairer le magistère de l’Église sur les questions liées à la promotion et à la défense de la vie.
Même s'il faut parfois l'aider à les écarter
L'Eglise reste toujours capable d'ouvrir grands ses bras !
Qui vient en contre point d'attitudes etonnantes par leur dureté,
publié par l'Osservatore Romano
et cité par "La Croix"
.....
On a pu lire sur ce blog des textes particulièrement durs concernant l'attitude de l'Eglise dans la "affaire de Recife"
Il convenait donc que nous portions celui ci à la connaissance de nos lecteurs, et que cela conduise chacun à réfléchir sur ce que la Loi peut imposer à la vie et sur ce que la vie peut attendre de la Loi..fut elle "canonique"
Mgr Rino Fisichella,
président de l’Académie pontificale pour la vie (1) depuis juin 2008, a publié hier une tribune dans « L’Osservatore Romano », dont nous publions de très larges extraits
voir le texte intégral (en italien) : Dalla parte delle bambina brasiliana
«L’affaire, avec toute sa dimension dramatique, est simple.C’est celle d’une enfant de seulement 9 ans
– nous l’appellerons Carmen –
que nous devons regarder droit dans les yeux,
sans détourner même un instant le regard,
pour lui faire comprendre combien nous l’aimons. (…)
Carmen représente une histoire de violence familiale
et a fait la une des journaux,
uniquement parce que l’archevêque d’Olinda et de Recife
s’est hâté de déclarer l’excommunication
pour les médecins qui l’ont aidée à interrompre sa grossesse. (…)
Il n’y a pas de mot adéquat pour condamner de tels épisodes,
et les sentiments qui en découlent
sont souvent un mélange de colère et de rancœur
qui ne s’apaisent que lorsque justice est réellement faite,
et lorsque la peine infligée au délinquant en cause est sûre d’être purgée.
Carmen devait être avant tout défendue,
embrassée,
caressée avec douceur pour lui faire sentir
que nous étions tous avec elle ;
tous, sans aucune distinction.
Avant de penser à l’excommunication,
il était nécessaire et urgent de sauvegarder sa vie innocente
et de la ramener à un niveau d’humanité dont nous,
hommes d’Église,
devrions être experts et maîtres dans l’annonce.
Cela n’a malheureusement pas été le cas,
et la crédibilité de notre enseignement s’en ressent,
qui apparaît aux yeux de beaucoup
comme insensible, incompréhensible et sans aucune miséricorde.
C’est vrai, Carmen portait en elle d’autres vies innocentes comme la sienne,
même si elles étaient le fruit de la violence,
et qui ont été supprimées;
mais cela ne suffit pas pour porter un jugement
qui tombe comme un couperet.
Dans le cas de Carmen,
la vie et la mort se sont affrontées.
À cause de son très jeune âge et de sa santé précaire,
sa vie était sérieusement mise en danger par sa grossesse en cours.
Comment agir dans ces cas là ?
La décision est difficile pour le médecin et pour la loi morale ellemême.
Des choix comme celui-ci,
même dans une “casuistique” différente,
se répètent chaque jour dans les salles de réanimation
et le médecin se retrouve seul face à sa conscience
pour devoir décider de ce qu’il convient de faire.
Personne, de toute façon, ne prend une décision de ce genre avec désinvolture ;
il est injuste et offensant de seulement le penser.
(…) Le médecin porte avec lui son histoire et son expérience ;
un choix comme celui de devoir sauver une vie,
tout en sachant qu’on en met une deuxième en grand danger,
n’a jamais été vécu avec facilité.
Certes, certains s’habituent à ce type de situation au point de ne plus éprouver d’émotion ;
mais dans ces cas,
on réduit le choix d’être médecin au seul métier
vécu sans enthousiasme et subi passivement.
Toutefois, faire de quelques exceptions une généralité serait non seulement incorrect mais injuste.
Carmen pose de nouveau un cas moral des plus délicats;
le traiter de façon expéditive ne rendrait justice
ni à sa fragile personne
ni à ceux qui sont impliqués à différents titres dans cette situation.
Comme chaque cas individuel et concret, de toute façon,
il mérite d’être analysé dans sa particularité, sans généralisations.
La morale catholique a des principes
qu’on ne peut mettre de côté,
quand bien même on le voudrait.
La défense de la vie humaine depuis sa conception en fait partie,
et se justifie par le caractère sacré de l’existence.
Chaque être humain, en effet, dès son premier instant,
porte imprimée en lui l’image du Créateur,
et pour cela nous sommes convaincus
que la dignité et les droits de chaque personne doivent lui être reconnus,
le premier de tous étant celui de son intangibilité et de son inviolabilité.
L’avortement provoqué a été toujours condamné par la loi morale
comme un acte intrinsèquement mauvais
et cet enseignement de meure inchangé aujourd’hui,
depuis les premiers jours de l’Église.
Le concile Vatican II, dans Gaudium et spes
– document d’une grande ouverture et prise en compte du monde contemporain –
emploie de manière inattendue des mots sans équivoque et très durs contre l’avortement direct.
Même la collaboration formelle à cet acte constitue une faute grave
qui, lorsqu’elle est réalisée,
place automatiquement hors de la communauté chrétienne.
En termes techniques,
le code de droit canonique emploie l’expression latae sententiae
pour indiquer que l’excommunication se réalise dans l’instant même où le fait se produit.
Retenons qu’il n’y avait nul besoin de tant d’urgence et de publicité
pour déclarer un fait qui se réalise de manière automatique.
Ce dont on ressent le plus grand besoin en cet instant,
c’est le signe d’un témoignage de proximité avec ceux qui souffrent,
un acte de miséricorde qui,
tout en maintenant fermement le principe,
est capable de regarder au-delà de la sphère juridique
pour rejoindre ce que le droit lui-même prévoit comme finalité de l’existence :
le bien et le salut de ceux qui croient en l’amour du Père
et de ceux qui accueillent l’Évangile du Christ
comme les enfants que Jésus appelait auprès de lui
et serrait dans ses bras en disant que
le Royaume des cieux appartient à ceux qui sont comme eux.
Carmen, nous sommes avec toi.
Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvée,
nous voudrions tout faire
pour te rendre la dignité dont tu as été privée
et l’amour dont tu auras encore plus besoin.
Ce sont d’autres personnes qui méritent l’excommunication et notre pardon,
pas ceux qui t’ont permis de vivre
et t’aideront à retrouver l’espoir et la confiance.
Malgré la présence du mal et la méchanceté de beaucoup. »
MGR RINO FISICHELLA
(Traduction « La Croix »)
(1)L’Académie pontificale pour la vie rassemble des spécialistes des questions éthiques, en majorité des laïcs, en vue d’éclairer le magistère de l’Église sur les questions liées à la promotion et à la défense de la vie.
L'Eglise reste toujours capable d'ouvrir grands ses bras !
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