Où donc est la rupture ?

Publié le par MICHEL



                Témoignage : Comment suis je entré en rupture  ?
               
Après avoir essayé d'écrire longuement (!) comment s'est enracinée ma vocation de Prêtre
                (voir toutela catégorie "Pédagogie"), voici mon  témoignage finalement très simple mais bien plein                     de tout ce qui précède..



Dans son ministère quotidien  quand il n'est pas pris par le "culte" 
qui est bien evidemment la clé de voûte de son être et de son action,
le Prêtre est à la fois impliqué
    -  dans la "pédagogie du Roc"
    -  dans la "pédagogie  du sable"
    -  dans  le "saupoudrage"

Les trois existent, peuvent être très imbriquées
mais ne demandent pas du Prêtre la même implication :
elles ne sont pas équivalentes du point de vue de la "nourriture"
necessaire à la mission sacerdotale.

    - je lui souhaite de ne jamais donner dans la "récupération"...
      encore qu'il puisse s'y largement  récupérer lui-même !

CREATION2.jpg

Le "saupoudrage": j'ai donné malgré  mes réticences  :  ce sont des conférences, des cercles bibliques,  de multiples interventions à caractère "informatif"  quelquefois beaucoup de temps et de travail humainement gratifiant
mais piège permanent : c'est du volume, des groupes, des cercles constitués à l'occasion mais peu enracinés qui souvent  viennent chercher la Parole qu'ils ont envie d'entendre..

La "pédagogie  du sable" : beaucoup donné aussi : c'est essentiellement tout ce qui tourne autour de la catéchèse des jeunes ...réunions de catéchistes, causeries avec les enfants, accompagnements, plannings,coordination,  montage de célébrations, répétitions et préparations de toutes sortes...formation personnelle..leçons de musique ou de guitare..
une vraie machine qui peut parfaitement fonctionner à la satisfaction générale ....

Jusqu'ici tu peux rester quelque peu "fonctionnaire"
au sens où tu entres dans des systèmes
et où tu n'as pas le temps (ni peut être l'envie)
de te poser des questions..tellement tu es occupé..

berger-et-troupeau-recadre.jpg
Après tout cela, il ne reste pas grand temps pour la "pédagogie du Roc"
et pourtant il en faut beaucoup pour regarder,
pour réunir et convaincre de faire un cheminement,
pour écouter et écouter toujours,
pour travailler et réfléchir seul ou avec d'autres sur tout ce qui est échangé, 
pour donner consistance concrète
au temps de la confrontation avec l'altérité ou la Parole, 
pour extraire de toute cette gangue
le minerai de la Foi, de la Célébration, de la Prière
Travail tellement prenant que beaucoup de Prêtres,
par souci d'aller jusqu'au bout de cette démarche
lui consacrent le principal de leur temps
quitte à ne pas trop s'engager dans les précédentes...

Cette activité liée à la "pédagogie du Roc"
est profondément gratifiante sur le plan de la vie sacerdotale,
car  honnêtement elle positionne le Prêtre à sa vraie place,
dans son vrai rôle dans l'oeuvre de mission..
et qu'elle pose pour lui les vraies exigences.


Asson-sur-le-chemin-de-Saint-Jacques-de-Compostelle.jpg Quand un prêtre passe le plus clair de son temps
dans la "pédagogie  du sable" ou le "saupoudrage",
il ne faut pas s'étonner qu'un jour où l'autre il ait des moments difficiles :
dans ces activités, il finirait presque par être un relais de consommation...
et moins un "acteur" en responsabilité...
Il peut avoir de la difficulté à trouver dans ce qu'il fait
les raisons du don qu'il a fait de lui-même
et il est bien dommage que lorsqu'un Prêtre dérape,
on ne cherche pas davantage les raisons de son dérapage :
il faut vite trouver une solution, on le fait avec les meilleures intentions du monde mais malheureusement en esquivant les vraies question
et tout le monde en sort meurtri, pas seulement lui.

Quand un Prêtre est devenu très impliqué dans la "pédagogie du Roc"
il comprend parce qu'il le vit tous les jours
que c'est là qu'il trouve sa cohérence personnelle,
c'est à dire unité intérieure profonde
entre sa personnalité, ses capacités, sa mission
et le don qu'il fait de lui-même..
Parce qu'ilstravaillent beaucoup entre eux
et en lien avec des mouvements,
ces Prêtres se soutiennent
par leurs échanges sur le travail
qui s'épanouissent aussi dans la Prière et la Célébration ;
ils veillent à ne pas se laisser manger par les autres tâches :
certes ils en assument leur part et peut être de façon plus riche
mais ils n'acceptent pas de s'y perdre !!


Combien sont partis
quelquefois même atteints gravement nerveusement
tout simplement car ils n'ont été que des pions
sur l'échiquier des effectifs cléricaux !



Ma rupture avec le ministère, eh bien, la voilà !

Par ma personnalité, les choix qui ont été faits pour moi,
j'ai été plongé dans la
"pédagogie  du sable" et le "saupoudrage"
et pour être franc, en tant qu'homme, j'y ai vécu de belles heures ....
J'adore le chant, la belle liturgie
et j'ai été comblé avec les activités tournant autour du catéchisme,
de toutes ces équipes regroupées autour des "dames catéchistes"
    -dans le cadre d'une petite paroisse bourgeoise
      avec tous les moyens necessaires-

le temps d'une petite heure le mercredi
mais avec qui on préparait des célébrations et des fêtes grandioses...

J'ai animé non sans une certaine passion
des groupes de reflexion Bibliques,
mais là je dois avouer que j'ai commencé de tricher !
Les personnes venaient pour apprendre des choses sur la Bible..
et moi je les plongeais dans la "Pédagogie du Roc"...
et cela a pris plus d'une fois !

Ce que j'appelle la
"pédagogie du Roc"
j'y ai été plongé par les "circonstances"...
sans que cela ait été le fruit de quelque projet ou stratégie que ce soit
et j'ai vite partagé avec beaucoup d'autres
que c'était là que se jouait l'essentiel
et également que s'enracinait le plus profondément
le Sacerdoce et ses exigences !

L'exercice de la
"pédagogie du Roc"
implique que le Prêtre s'y donne à plein temps et à plein coeur
et  même si je regrette profondément
que l'obligation du célibat écclésiastique
ne soit qu'une question de discipline,
je pense que le don total de lui-même s'impose au Prêtre
qui s'engage dans la
"pédagogie du Roc"

mitre11.jpg Je n'ai pas réussi à "vendre"
ou à faire comprendre
à mes supérieurs
à quel point cette façon de positionner le Sacerdoce
était pour moi une authentique Vocation...

Je me suis littéralement consumé et dissous
presque au sens physique du terme
dans une activité sans structure,
sans objectif,
et pour tout dire sans cohérence
et très honnêtement, cela m'a détruit...
Je n'ai pas quitté le ministère par amour d'une femme ;
j'ai quitté le ministère par épuisement,
découragement et solitude
car au bout du compte
au milieu du tintamarre du
"saupoudrage" et de la "pédagogie  du sable",
le Prêtre est très seul malgré les apparences...


Ce qui a manqué à toute une génération de Prêtres et de militants Chrétiens
c'est un peu de "management par objectif" ;
au pretexte que les critères d'appréciation de l'efficacité
sont difficiles à saisir dans les activités d'évangélisation et de pastorale ...
eh bien on met tous les moyens que l'on a en oeuvre
et on les fait tourner sans vraiment les évaluer...
Ce dont les Prêtres et les missionnaires et laïcs engagés ont besoin
c'est d'avoir sur le terrain où ils se trouvent des objectifs..
Ensuite quand des objectis sont définis,
on peut positionner les moyens dont on dispose
les uns par rapport aux autres
définissant des priorités,
affectant les personnels en fonction de leurs compétences
mais les uns et les autres en complémentarité...par rapport à l'objectif..
Cela permettrait de l'ordre et de l'efficacité
et de surcroît
que les personnes soient bien dans leur peau
et données entièrement à une tâche reconnue importante en fonction de l'objectif..

Voir : Ressources humaines
         Objectifs
Je n'avais rien contre mon implication
et mon envoi en mission paroissiale
et toute l'activité de catéchèse..
Je n'avais rien non plus contre l'idée de réunir des personnes
voulant se former davantage intellectuellement
mais j'aurais aimé que ces fonctions là soient organisées
de telle manière que cette fameuse "pédagogie du Roc"
me soit permise avec le temps et la liberté d'esprit suffisant..
C'était pas bien compliqué ! me semble-t-il !!!

La Mission d'Evangéliser
est une  oeuvre, un travail
qui a un objectif
et des critères d'évaluation

Un soir plus difficile que les autres, je me souviens être allé passer quelques heures devant la grotte de Lourdes..
J'étais alors complètement en surchauffe au niveau de mon activité et je cherchais à comprendre où était l'essentiel à privilégier...
Comment évaluer l'importance et l'impact de tout ce travail de création et d'animation d'équipes, de soirées de reflexion, de camps et sorties pour les jeunes, de préparation et d'animation de liturgies ?
J'avais emporté pour le lire et le réfléchir le texte de l'encyclique de Paul VI "Evangelii Nuntiandi" dont voici un extrait où j'ai été heureux de trouver la réponse à beaucoup de mes questions :
Paul-VI.jpg

"QU’EST-CE QU’ÉVANGÉLISER ?

.........................

Aucune définition partielle et fragmentaire ne donne raison de la réalité riche, complexe et dynamique qu’est l’évangélisation, sinon au risque de l’appauvrir et même de la mutiler. Il est impossible de la saisir si l’on ne cherche pas à embrasser du regard tous ses éléments essentiels.

Ces éléments fortement soulignés au cours de Synode, on les approfondit souvent encore, ces temps-ci, sous l’influence du travail synodal. Nous nous réjouissons de ce qu’ils se situent, au fond, dans la ligne de ceux que le Concile Vatican II nous a transmis, surtout dans les Constitutions Lumen gentium, Gaudium et spes et dans le Décret Ad gentes.

Renouvellement de l’humanité...

18. Evangéliser, pour l’Eglise, c’est porter la Bonne Nouvelle dans tous les milieux de l’humanité et, par son impact, transformer du dedans, rendre neuve l’humanité elle-même : “ Voici que je fais l’univers nouveau ! ”[46]. Mais il n’y a pas d’humanité nouvelle s’il n’y a pas d’abord d’hommes nouveaux, de la nouveauté du baptême[47] et de la vie selon l’Evangile[48]. Le but de l’évangélisation est donc bien ce changement intérieur et, s’il fallait le traduire d’un mot, le plus juste serait de dire que l’Eglise évangélise lorsque, par la seule puissance divine du Message qu’elle proclame[49], elle cherche à convertir en même temps la conscience personnelle et collective des hommes, l’activité dans laquelle ils s’engagent, la vie et le milieu concrets qui sont les leurs.

...et des zones d’humanité

19. Des zones d’humanité qui se transforment : pour l’Eglise il ne s’agit pas seulement de prêcher l’Evangile dans des tranches géographiques toujours plus vastes ou à des populations toujours plus massives, mais aussi d’atteindre et comme de bouleverser par la force de l’Evangile les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie de l’humanité, qui sont en contraste avec la Parole de Dieu et le dessein du salut.

Evangélisation des cultures

20. Nous pourrions exprimer tout cela en disant : il importe d’évangéliser — non pas de façon décorative, comme par un vernis superficiel, mais de façon vitale, en profondeur et jusque dans leurs racines — la culture et les cultures de l’homme, dans le sens riche et large que ces termes ont dans Gaudium et spes [50], partant toujours de la personne et revenant toujours aux rapports des personnes entre elles et avec Dieu.

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24. Finalement, celui qui a été évangélisé évangélise à son tour. C’est là le test de vérité, la pierre de touche de l’évangélisation : 
Il est impensable qu’un homme ait accueilli la Parole et se soit donné au Règne sans devenir quelqu’un qui témoigne et annonce à son tour.


.....................................................................

 

L'oeuvre, le travail d'Evangélisation est dans la vérité
quand l'Evangélisé devient "Evangélisateur" (Paul VI)

Tant que l'"Evangélisé" ne devient pas "Evangélisateur",
il n'est que "consommateur"
A ne répondre qu'au besoin de consommation
Le Prêtre s'épuise et se dissous !
malgré toutes les apparences

PENTEC--TE8.jpg

 
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Publié dans Histoire de Ruptures

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P
Cher Michel,Il t'aura fallu beaucoup transpirer, et tamiser beaucoup pour faire apparaître, au milieu des minerais vulgaires, le précieux métal de la "pédagogie du Roc". C'est un travail dont nous te savons gré.Me permettras-tu de faire ce raccourci ? : Les grands séminaires forment des prêtres, pas des prophètes. C'est cela qui me semble le plus désastreux, cette désertification spirituelle qui s'opère dans les séminaires puis dans les paroisses. Ce dont tu as pu souffrir, dans le fonctionnariat presbytéral, c'est de ne pouvoir oeuvrer au développement de ta propre capacité prophétique. Or nul ne peut être "évangélisé" (et donc devenir évangélisateur) s'il n'est touché par l'Esprit saint dans sa capacité prophétique.C'est la raison pour laquelle bien des prêtres ne sont eux-mêmes que des "consommateurs", et n'ont du sacerdoce que le costume qui les rassure. Cet état de fait est dramatique.Alors, puisque tu as quitté la fonction publique sacerdotale, non pour l'amour d'une femme mais pour respirer le véritable Esprit, je souhaite que tu puisses enfin te réaliser comme prophète dans toutes les dimensions de ta nouvelle vie (familiale et professionnelle).Et ce n'est pas l'élection d'une fonction au préjudice d'une autre ! Bien au contraire : au milieu de sa propre famille, l'homme a toutes les possibilités de s'épanouir comme prophète, roi et prêtre. Et sa femme avec lui. (N'as-tu pas évoqué une certaine fois l'idée d'un sacerdoce du couple ?)Idem dans le travail qu'il exerce.Gouverner, redonner de l'avenir, sanctifier sont les véritables missions de tous chrétiens où qu'ils soient, c'est-à-dire des hommes rendus à eux-mêmes, libres.Et là où ils peuvent oeuvrer, là est l'Eglise.Bien à toi, et merci pour les perspectives de réflexions que tu offres.Philippe
Répondre
M
Merci de ton commentaireMême si je ne te suis pas dans tous les tenants de tes affirmations, je trouve très interessante ta reflexion sur la place que devrait avoir la reconnaissance du charisme "prophète" et son developpement dans la formation mais aussi (ajouterai-je) le "mangement" des Prêtres et autres porteurs de ministères...CordialementMichel
D
Michel, A lire ton texte, où l'on voit, toujours et encore, une grande souffrance, un grand regrêt, je pense que le prêtre, comme beaucoup de contemporains, de l'OS au PDG, tombe (ou risque de tomber) dans le "faire". L'homme contemporain ne se mesure pas, hélas,  à son être mais à son faire. Or, même si l'on ne fait rien, on est ; voilà l'important ; et c'est là toute la valeur humaine. Regard qualitatif qui donne sens au faire.N'oublions pas qu'à tout âge, qu'à chanque instant de sa vie, avec ou sans lettre de mission, l'être du baptisé comme de l'ordonné est invité à se construire et sans cesse se reconstruire. L'Être, c'est le roc.
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M
Merci de ton commentaireMais la difficulté vient du fait que l'Etre n'est tangible et joignable qu'à partir du faire !"A  ce que je ferai pour vous, vous verrez qui je suis !"Mais je suis bien d'accord sur la necessite d'un regard qualitatif, d'une écoute atentive qui seuls peuvent lire l'Etre dans le faire...CordialementMichel
D
Je te remercie Michel de ta publication. Tu allumes des lumières qu'il me faudra considérées puisque j'entre bientôt en réflexion avec moi-même su ma vocation de prêtre au service d'un peuple de consommateur de Dieu et de rites.
Répondre
M
Merci beaucoup..Je suis complètemen convaincu que seule "l'extraversion" vers la Mission peut permettre à un Prêtre de se réaliser dans sa vocation y compris dans son humanité même et surtout quand il est accaparé par la "consommation" et les rites lesquels d'ailleurs n'ont de sens que par rapport à la Mission...Quand j'étais plus jeune, je pensais que la "MIssion" était une fonction de l'Eglise réservée à des personnes particulières qui en avaient la vocation ou le charisme..Grâce à ce que j'appelle la "Pédagogie du Roc," et grâce au Concile Vatican II, je suis entré avec d'autres dans une autre perspective : c'est l'appel à la Mission qui est constitutif de toute l'Eglise qui n'a pas d'autre raison d'être....Je te souhaite codialement une belle route.....Michel