Le Ciel "émerge" de la Terre...!
En hommage à Xavier Léon-Dufour

Jésuite, exégète et théologien, Xavier Leon Dufour vient de s'eteindre à 95 ans ; dans les années 50/60, période où il commença ses recherches, la théologie catholique est encore rayonnante de ses thèses dans lesquelles elle insère comme "preuves" des passages de l'Ecriture le plus souvent détachés de leur contexte et lus sans aucune critique ni recherche.
S'il a été essentiellement exégète Xavier Leon Dufour a fait aussi oeuvre de théologien non plus seulement en apportant des preuves scipturaires à des constructions théologiques, mais en élaborant une reflexion théologique et spirituelle à partir du texte de la bible ; non plus d'un texte biblique lu de la façon la plus littérale et simpliste, mais d'un texte scruté, approfondi et travaillé à l'aide des outils de l'exégèse scientifique que Pie XII dans son encyclique "Divino afflante spiritu" met enfin à la disposition des chercheurs catholiques.
La Théologie ainsi "extraite" du texte biblique prend une dimension et recèle des richesses telles que la théologie traditionnelle peut en devenir parfois pâle et étroite.
A des degrès divers, les chercheurs, les étudiants, les pasteurs ont souvent été en difficulté : comment continuer à nourrir l'Eglise d'un vieil aliment manquant parfois de fraîcheur alors qu'une nouvelle "manne" est peu à peu libérée et distribuée !
Le Père Leon Dufour, eut sa part de souffrances mais ne se départit jamais de sa confiance dans le texte biblique sur lequel il aura fait un travail de titan...
Ci dessous, quelques reflexions où l'on voit bien la nouveauté et la richesse d'une pfoi plus concrète, plus oouverte mais peut être aussi un peu iconoclaste par rapport à certaines certitudes...
A propos du 4° Evangile :
Le IV° Evangile transforme l'intelligence du présent que je vis.
Certes, je suis encore et toujours polarisé par un futur à venir,
ce qu'on appelle l'eschatologie traditionnelle :
après la terre vient le ciel qui comblera tous nos désirs.
Or, avec Jean,
cette projection de la transcendance divine
sur une ligne temporelle
est compensée par l'immanence de Dieu en terre ;
si je crois que le jugement s'exerce dès ici-bas,
je m'engage maintenant pour toujours.
Tel est le fondement
de la saine "Théologie de la Libération"
qui se refuse à vivre illusoirement
de l'espoir en une terre nouvelle
survenant à la fin des temps :
le ciel n'est pas simplement après la terre,
il est dedans,
et mon effort consiste
à le faire émerger
de cette terre d'injustice et de mal.
Et l'engagement dans cette tâche
est rendu possible
du fait que je ne suis pas seul,
je suis animé par Dieu même
qui est en moi,
qui est moi
plus que moi-même."
Lecture de l'Evangile selon St Jean Tome IV p.330
Que se passe t il pour nous « par-delà la mort »
Les lecteurs seront intéressés par le rappel d'une controverse qui, dans le Moyen Âge finissant, opposa apparemment les papes Jean XXII et Benoît XII (p. 322 et 336-338).
La « vision béatifique » est-elle accordée à l'homme aussitôt après la mort ?
À vrai dire, je rappellerais volontiers que la mort nous fait échapper au temps successif et que la distance entre le jour de notre mort et la fin du monde - dont nous ignorons tout ! - n'est pas mesurable à l'échelle du temps qui poursuit son cours dans le monde matériel.
Alors, que pouvons-nous dire des âmes « séparées » ?
Notre pensée « a besoin d'un langage temporel pour se dire adéquatement » (p. 377).
Mais justement, la mort nous fait échapper au temps et nous ne pouvons guère préciser les conditions d'existence qui sont celles des défunts.
.........
Quant à la résurrection de notre corps,
objet de notre espérance formulé explicitement
dans le Symbole des apôtres et celui de Nicée-Constantinople,
elle est très difficile à définir,
bien que les manifestations du Christ ressuscité
nous en suggèrent la réalité.
Mais que pouvons-nous dire de l'action de Dieu
qui nous ressuscitera
pour manifester la pleine victoire du Christ
sur notre mort,
sur la puissance de la mort ?
Que « son action consiste à donner à mon Je
de ressaisir son identité avec le corps que j'ai été » (p. 341) ?
Oui, sans doute, mais ma réflexion s'enfonce alors
dans un mystère impossible à représenter.
L'adieu de Jésus
L'admirable " discours d'adieu " (chapitres 13 à 17)
constitue le troisième volume de la Lecture de l'Evangile selon Jean
proposée par Xavier Léon-Dufour.
En réalité, il ne faudrait pas parler d'un " adieu ", mais d'un " au revoir ".
Jésus ne laisse pas un testament à ses disciples
et n'annonce pas son retour pour la fin des temps :
il révèle sa présence continue,
aujourd'hui et tous les jours,
dans le monde et dans la vie de ceux qui croient,
à travers le " Paraclet ", l'" Esprit de la vérité ".
le ciel n'est pas simplement après la terre,
il est dedans,
et mon effort consiste
à le faire émerger
Publicité
Les lecteurs seront intéressés par le rappel d'une controverse qui, dans le Moyen Âge finissant, opposa apparemment les papes Jean XXII et Benoît XII (p. 322 et 336-338).
L'admirable " discours d'adieu " (chapitres 13 à 17)