Merci à Benoît XVI pour l'Espérance !

Publié le par MICHEL

Un souffle d'espérance     

Les lecteurs de ce blog qualifié quelquefois de "gauchiste progressiste" lisent souvent des articles assez critiques concernant les évolutions actuelles de l'Eglise.
Hier au soir, j'ai lu longuement l'encyclique de Benoît XVI sur l'Espérance et je me suis senti complètement pris par ce texte ; j'aimerais essayer de partager mon impression dans cette page et peut être la suivante...
On ne trouvera pas ici d'analyse ou de commentaire pour lesquels je n'ai ni mission ni compétence mais seulement quelques impressions de "charbonnier"..
Mais d'abord, je voudrais dire à tous ceux qui se retrouvent dans bien des critiques ou des "coups de gueule" lus ici que rien ne remplacera pour eux la lecture du texte...!

Voir le texte de L'Encyclique "Spe Salvi" de Benoît XVI


Comme l'espérance,
le texte du Pape nous prend en route pour mieux nous conduire

Souvent, bien des déclarations ou messages émanant des autorités ecclésiastiques sont perçus par nous, lecteurs récipiendaires, comme des textes venus d'en haut comme des vérités , des recommandations ou parfois même des condamnations qui nous tombent dessus et finalement pèsent sur nous..
Ici, nous sommes respectés dans nos petites "espérances" dans nos "engagements"et notre "agir", dans nos prières et nos souffrances, dans nos combats pour la justice, bref dans tout ce qui est pour nous motif ou expression d'une espérance ; le pape reconnaît là au coeur de nos vies le lieu d'une pédagogie par laquelle nous passons pour prendre un "chemin" "ensemble" dont il balise le tracé jusque dans ce qu'il montre comme étant l'accomplissement de notre espérance :  la rencontre en frèresdans l'Amour du Père ...

"nous avons besoin des espérances – des plus petites ou des plus grandes – qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin. Mais sans la grande espérance, qui doit dépasser tout le reste, elles ne suffisent pas. Cette grande espérance ne peut être que Dieu seul, qui embrasse l'univers et qui peut nous proposer et nous donner ce que, seuls, nous ne pouvons atteindre."



L'Espérance : un chemin dans le présent
L'Amour objet de notre espérance est déjà présent en nous et l'espérance est bien cette tension mobilisante entre le "déjà là" inchoatif et l'accomplissement final du "pas encore"
"Si la Lettre aux Hébreux dit que les chrétiens n'ont pas ici-bas une demeure stable, mais qu'ils cherchent la demeure future (cf. He 11, 13-16: Ph 3, 20), cela est tout autre qu'un simple renvoi à une perspective future: la société présente est considérée par les chrétiens comme une société imparfaite; ils appartiennent à une société nouvelle, vers laquelle ils sont en chemin et qui, dans leur pèlerinage, est déjà anticipée."

L'Espérance de la "vie eternelle" : un chemin vers l'Amour

La reflexion sur l'espérance concerne la vie et la mort de l'homme et son aspiration à la vie eternelle.
Sur la réalité concrète de cette vie eternelle, son décor, son déroulement, nous ne pouvons rien dire car nous, notre raisonnnement, nos références sont enfermées dans notre "temporalité"

"Cette chose "inconnue" est la véritable espérance qui nous pousse et le fait qu'elle soit ignorée est en même temps la cause de toutes les désespérances comme aussi de tous les élans positifs ou destructeurs vers le monde authentique et vers l'homme authentique...
..."Vie éternelle" est necessairement une expression insuffisante qui crée la confusion :
- "eternel suscite en nous l'idée de l'interminable et cela ous fait peur
- "vie" nous fait penser à la vie que nous connaissons et que nous ne voulons pas perdre et en même temps qui est faite plus de fatigue que de satisfaction de sorte que d'un côté nous la désirons, de l'autre nous ne la voulons pas.
Nous pouvons seulement chercher à sortir par la pensée de la temporalité dont nous sommes prisonniers et en quelque sorte prévoir que l'éternité n'est pas une succession des jours du calendrier, mais quelquechose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. 
Il s'agirait du moment de l'immersion dans l'océan de l'amour infini dans lequel le temps - l'avant et l'après - n'existe plus.
Nous pouvons seulement chercher à penser que ce moment est la vie au sens plénier, une immersion toujours nouvelle dans l'immensité de l'être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie.
C'est ainsi que Jésus l'exprime dans Saint Jean :"Je vous reverrai, et votre coeur se réjouira, et votre joie, personne ne vous l'enlèvera (16,22)
Nous devons penser dans ce sens si nous voulons comprendre ce vers quoi tend l'espérance chrétienne, ce que nous attendons par la foi par notre être avec le Christ."

L'Espérance-certitude

Dans le langage commun, quand on dit "j'espère" on traduit en fait un sentiment de doute.
Il n'en n'est rien pour l'espérance chrétienne que le pape appelle "espérance-certitude" :

"la foi est la "substance" des biens que l'on espère"((Ep aux Hébreux 11,1)
le Pape de réfère à Saint Thomas  pour qui la foi est un "habitus" c'est à dire une disposition constante de l'esprit qui entraîne et fonde la raison à croire ce qu'elle ne voit pas : par la foi, les biens que l'on espère sont déjà présents en nous "en germe"
"Et c'est précisément parce que les biens eux mêmes sont déjà présents que la présence de ce qui se réalisera crée éalement la certitude : ces biens qui doivent venir ne sont pas encore visibles dans le monde mais en raison du fait que nous les portons en nous comme réalité initiale et dynamique (germe) naît dès maintenant une certaine perception de ces biens"

C'est le christ qui par sa venue, sa mort et sa résurrection nous communique la "substance" des biens à venir et en définitive c'est en lui que se fonde l'espérance-certitude.
C'est sur cette certitude que se fonde l'attitude de l'espérance chrétienne : patience, persévérance, constance, attente de la réalisation de la promesse.


Un lien très fort entre Foi, Espérance et Charité

La  foi n'est pas seulement "informative", à savoir un message à connaître même comme "Bonne Nouvelle" : elle est "performative" : elle produit des faits, change la vie à laquelle elle donne un sens , une espérance qui s'épanouit vers son accomplissement total dans la Charité
"Les chrétiens ont un avenir: ce n'est pas qu'ils sachent dans les détails ce qui les attend, mais ils savent de manière générale que leur vie ne finit pas dans le néant. .....
La porte obscure du temps, de l'avenir, a été ouverte toute grande. Celui qui a l'espérance vit différemment; une vie nouvelle lui a déjà été donnée."



L'Espérance : un chemin  "en peuple" vers l'Amour universel !

Le Pape expose comment un certain christianisme "moderne" a pu enfermer les notions de salut, d'espérance dans la shère privée et individuelle et cite le Père de Lubac qui à la suite des Pères de l'Eglise a pu montrer que le salut a toujours été considéré comme une réalité communautaire.
Le péché est une division, le salut est le rétablissement d'une unité.

"Bienheureux le Peuple dont le Seigneur est le Dieu" (ps 144,15)
Pour faire partie de ce peuple et que nous puissions parvenir à vivre avec Dieu pour toujours, le but du precepte c'est l'amour qui vient d'un coeur pur, d'une bonne conscience, et d'une foi sincère (1Tim 1,5)
Cette vie véritable, vers laquelle nous cherchons toujours de nouveau à tendre, est liée à l'être dans l'union existencielle avec un "peuple" et pour toute personne, elle ne peut se réaliser qu'à l'intérieur de ce "nous".

Elle présuppose donc l'exode de la prison de son propre "moi" par ce que c'est seulement dans l'ouverture de ce sujet universel que s'ouvre aussi le regard sur la source de la joie, sur l'amour lui-même : Dieu"

L'espérance chrétienne vise un audelà du monde présent mais elle a à voir avec l'édification du monde ; elle ne peut en aucun cas inspirer une "fuite" des réalités temporelles.
Le pape montre comment la vie monastique que certains auraient pu embrasser par souci de s'abstraire du monde ou de le fuir a été solidement ancrée par les fondateurs (Benoît puis Bernard de Clairvaux) dans le "travail" : "Les contemplatifs doivent devenir des travailleurs" ; le monastère n'est pas un "Paradis" même si comme lieu de "défrichage" pratique et spirituel il le prépare.

"Un terrain sauvage est rendu fertile - précisément tandis qu' en même temps  sont abattus les arbres de l'orgueil, qu'est enlevé ce qui pousse de sauvage dans les âmes et qu'est préparé ainsi le terrain sur lequel peut prospérer le pain pour le corps et pour l'âme...
l'histoire actuelle nous montre bien qu'aucune structuration positive du monde ne peut réussir là où les âmes restent à l'état sauvage."

L'espérance chrétienne est fondée sur la Foi, la Raison et la Liberté

Le Pape analyse longuement comment à diférentes époques des analyses et des "politiques" basées sur la seule notion de "progrès" ont abouti et aboutissent  toujours à des echecs.
Il insiste particulièrement sur le marxisme dont il ne nie pas la capacité d'analyse de la société mais qui va à l'echec pour avoir oublié l'"homme" et plus précisément sa "liberté".
Dieu entre vraiment dans les choses humaines seulement s'il n'est pas pensé uniquement par nous mais si Lui-même vient à notre rencontre et nous parle. [ce dialogue est le fondement de notre liberté]
C'est pourquoi la raison a besoin de la foi pour arriver à être totalement elle-même ; raison et foi ont besoin l'une de l'autre pour réaliser leur véritable nature et leur mission

L'Espérance Chrétienne est en Jésus Chist
"Communion", "Amour", "Charité" 

L'homme n'est racheté ni par la science ni par le progrès ni par quelque structure que ce soit : l'homme est racheté par l'amour.
Le pape prend acte que cela est déjà vrai de l'amour humain qui cependant reste fragile et ne resout pas les problèmes de la vie : l'être humain dans sa lberté a besoin d'amour inconditionel.
Les structures humaines sont nécessaires mais elles doivent être fondées sur des convictions reconquises sans cesse et de facon communautaire par l'exercice de la liberté .
C'est à cause de la liberté qu'aucun règne du bien n'est jamais totalement consolidé mais se trouve toujours en question et en devenir
La liberté de l'homme qui fonde son espérance s'exerce tout à la fois dans le dialogue avec Dieu en Jésus Christ et dans la relation avec autrui : le pape retrouve ici le thème johannique majeur : celui qui dit aimer Dieu et n'aime pas son prochain est un menteur..
Pouvons nous espérer quelquechose pour nous mêmes que nous n'espérons pas ensemble ?

Qui aime Dieu aime aussi son prochain sans réserve. Bien incapable de garder ses richesses, il les dispense comme Dieu, fournissant à chacun ce dont il a besoin.
De l'amour envers Dieu découle la participation à la justice et à la bonté de Dieu envers autrui : aimer Dieu demande la liberté intérieure face à toute possession et à toutes les choses matérielles : l'amour de Dieu se révèle dans la responsabilité envers autrui.


Nos petites espérances ont besoin de la grande espérance

Nous avons besoin de nos petites ou plus grandes espérances car au jour le jour elles nous maintiennent en chemin...
Mais sans la grande espérance, elles ne suffisent pas..
Pouvons nous risquer de dire que le Pape induit ici la vertu "pédagogique" de nos "petites espérances" et poser la question de savoir de quel "germe" sont elles les premiers fruits ?


La grande espérance ne peut être que Dieu seul, non pas n'importe quel Dieu mais le Dieu qui possède un visage humain et nous a aimés jusqu'au bout - chacun individuellement et l'humanité entière.
Son règne n'est pas un audelà imaginaire, placé dans un avenir qui ne se réalisera jamais, son règne est présent là où il est aimé et où son amour nous atteint.
Seul son amour nous donne la possibilité de persévérer avec sobriété jour après jour sans perdre l'élan de l'espérance dans un monde qui par nature est imparfait.
En même temps,son amour est pour nous la garantie qu'existe ce que nous préssentons vaguement, et que cependant nous attendons au plus profond de nous-mêmes : la vie qui est vraiment vie.



L'Espérance  est exode de la prison du "moi"
par ce que c'est seulement
dans l'ouverture à l' universel
que s'ouvre aussi le regard
sur la source de la joie,
sur l'amour lui-même : Dieu"




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Publié dans Actualité religieuse

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