Dialogue d'Espérance ?

Publié le par MICHEL



De Philippe

Je comprends que, dans ta situation, une approche chrétienne des choses (et des personnes) soit à ce point "vitale" pour toi.

Il faudrait pourtant que tu admettes que, s'agissant des choses chrétiennes par elles-mêmes, il n'y a pas d'approche chrétienne qui vaille.

En d'autres termes, les choses chrétiennes n'ont pas à être approchées de façon chrétienne - de la même façon que l'on se saurait christianiser le Christ !

Et je m'en explique de façons simples : Si Jésus s'était conformé aux "petites espérances" messianiques des juifs, il n'y aurait jamais eu de christianisme proprement dit.
De même, c'est une chose chrétienne affirmée que Dieu ne s'est pas contenté de se faire à l'image de l'homme, mais s'est fait homme ! (Le docétisme ayant été rejeté pour cette raison.)

Les problématiques que tu soulèves (tirées de Gn 1) sont donc - je suis au regret de te le dire - sans fondements véritables.
Car, précisément, dans le christianisme le rapport à l'image est totalement dépassé par l'Incarnation elle-même : L'Evangile s'adresse à des hommes et des femmes dont l'attente est sans commune mesure avec leur "nature créée à l'image du Créateur". Chez nombre de juifs, cette détermination première produisait au mieux des "messianistes" mais pas des chrétiens. Et il y a un abîme spirituel entre les deux genres, dans lequel judéo-chrétiens et docètes ont été engloutis.

Je souhaite un autre sort.


Michel

Au mois nous voyons plus clair maintenant ce qui nous sépare...

Jésus ne s'est certes pas conformé aux "petites espérances" messianiques des Juifs, mais les "petites espérances messianiques" des Juifs ont permis "au petit reste" de désirer, d'accueillir et de comprendre que la vraie voie est celle de la grande espérance...mais comme ils l'avaient appris dans les "petites" il reste vrai qu'il faut toujours sortir le bâton à la main et la ceinture nouée non plus d'Egypte ou de Babylone mais de son petit ego, pour affronter le désert et marcher vers la terre promise !

Libre à toi de dire que les problématiques tirées de Gen 1 sont sans fondement et donc de mettre à la poubelle toute la réflexion théologique et spirituelle qui des Pères de l'Eglise (grecs en particulier) au Concile Vatican II bâtit la dignité de l'homme et de sa destinée sur le fait qu'il est créé homme et femme à l'image de Dieu .... c'est à dire en fait qu'il est ordonné à se réaliser pleinement dans celui dont Paul dit qu'il est "l'Image » visible du Dieu invisible"...

Ce que je pense vraiment c'est que toute réflexion théologique spirituelle ou pastorale qui flirte de près ou de loin avec quoi que ce soit qui ressemble aux dualismes de toute obédience est..sans espérance quel que soit le discours !

Cordialement...même si je sais que je n'ai aucune chance de te convaincre !


Philippe

Sans doute.

Et ce qui nous sépare porte un nom : c'est le Christianisme.

Et si mon argumentation est juste ( à toi de pouvoir la contredire), cela signifie que le christianisme n'a rien à voir avec l'idée que tu t'en fais.

Et cette simple éventualité pourrait bien expliquer un grand nombre de tes apories idéologiques.

Garder son "cul entre deux chaises" ne fera pas apparaître une chaise dessous.

Désolé de ma franchise.


 

Michel

Plus que d'argumenter sur ce que tu appelles le "Christianisme"
je préfère partager avec toi ce texte
de Jacques de Saroug**
C'est en toute franchise..

Dès que l'Amour entre dans ton coeur,
tes pensées deviennent claires comme la lumière.
Oui, ton intelligence s’ouvre aux mystères de Dieu.

Les bonnes actions plaisent à ceux qui le font.
Mais si tu les fais sans amour,
elles ne te plaisent pas.

Le sel rend la nourriture meilleure.
De même pour faire de bonnes actions,
il faut aimer.

On peut comparer les bonnes actions
aux membres de ton corps.
L’amour, c’est le coeur
qui rend ton corps vivant.

Se priver de nourriture, c’est bien.
Mais si tu jeûnes sans amour,
tu gardes une mauvaise odeur dans ta bouche.
Ton jeûne ne sert à rien.

Ta prière est agréable,
et l’amour te donne des ailes
pour voler comme un oiseau.
Mais si ton aile est faible,
tu ne verras pas le Dieu Très-Haut
là où il habite.

Être juste est une bonne chose
pour celui qui pratique la justice.
Mais si tu es juste sans amour,
tu te fatigues pour rien.

Si tu gardes ton corps pour le Seigneur,
si tu lui appartiens,
tu recevras une glorieuse récompense.
Mais si tu n’aimes pas,
tu es comme un homme marié qui trompe sa femme.

Si tu partages ton pain avec celui qui a faim,
tu recevras une récompense.
Mais si tu partages ton pain sans amour,
tu ne gagnes rien.

Si le martyr donne son corps au feu
pour être brûlé,
il a besoin d’aimer.
Alors il recevra
la récompense des martyrs.

Aimer est plus important
que de parler au nom de Dieu
et de croire en lui.
En effet, sans amour,
tu ne peux pas parler au nom de Dieu
et tu ne crois pas en lui.


**Jacques de Saroug († 521) est l’un des plus grands docteurs syriens. Il fit ses études dans l’école très réputée d’Édesse puis il devint moine. Son œuvre poétique est considérable.


 

Philippe


Merci pour ce "poême" que je ne connaissais pas.

Mais pour répondre à la dernière strophe : Non ! je n'ai pas la prétention de parler au nom de Dieu.

La théologie est une discipline rationnelle, ce n'est pas de la poésie. De fait, tout ce qui est de nature "sentimentale" en est exclu. C'est une question d'ascèse intellectuelle.

Il faut donc prendre garde des philosophies ou théologies profanes exubérantes : il n'y a pas de christianisme humaniste, mais un humanisme chrétien certainement - lequel est fondé sur l'Incarnation et non pas sur la création originelle de l'homme "fait à l'image de Dieu" (Gn 1).

C'est parce que Dieu, en son Incarnation humaine, a donné sa vie au monde que la dignité de l'homme (gardien de la création) est assurée pleinement. Jusqu'à cet instant l'homme n'avait aucune dignité par lui-même, ayant été créé par un acte de pure forme.

C'est par une lecture chrétienne (donc rétrospective) de Gn 1 que l'on a cru voir un acte d'amour divin dans la création de l'homme. Mais d'amour, dans ce récit, il n'y en a aucun. Et rien n'est devenu pire depuis que cette lecture a oublié qu'elle était chrétienne ! S'est developpée alors une sorte d'humanisme naturel (dont tes pensées s'inspirent) auquel l'Eglise d'Occident a répondu par l'affirmation d'une loi naturelle.
De cette espèce de déchirure, ton blog est l'écho permanent.

Alors, si tu acceptes mon avis, permets moi de trouver dans la création de la femme (Gn 2) le premier et le seul acte d'amour de Dieu envers l'homme aux heures de la création. 
Et j'ajouterais même : le "Voici que l'homme est devenu comme l'un de nous" ne rend-il pas celui-ci bien plus semblable à Dieu que l'acte de Gn 1 ?
Seulement voilà, la cause cette "mutation" anthropologique est le fameux acte de transgression (dit péché originel) et l'auteur... la femme. C'est par où Dieu a aimé que l'homme s'est détourné de lui. La dignité de l'homme (qui connaît désormais le bien et le mal) lui est acquise mais il l'a usurpée.

Le christianisme est essentiellement souché sur cette anthrogénèse de Gn2 et non sur l'autre, et auquel l'amour du Christ viendra répondre. Mais de fait, le monde, la création aura cessé d'être l'horizon borné de l'homme, là où il continue encore d'inscrire ses "petites espérances"...


Michel

Mon Blog est ce qu'il est et moi, comme tu le sais totalement "indécrottable" !!!
Tes propos me passionnent et m'interpellent mais je ne peux y souscrire : qu'il s'agisse de la Bible, qu'il s'agisse de la tradition chrétienne et en particulier des Pères Grecs, la Création de l'homme à l'image de Dieu est le fondement d'une Foi dynamique...
Christianisme humaniste ou humanisme chrétien : y a t il plus humain que le Christianisme ? Mais parlons nous du même ??
Dans ton dernier message tu évoquais en termes imagés ... cette Foi qui laisse assis "entre deux chaises" et aujourd'hui tu me parles de "déchirure" : c'est peut être là que nous sommes en plein Christianisme : la Foi chrétienne est totalement inconfortable ; j'irais jusqu'à dire que lorsqu'elle se coule en termes bien lissés et se positionne confortablement entre tous les "ismes" elle commence à me faire peur !
L'inconfort et les déchirures du Christianisme pétrissent et burinent l'humanité et la conduisent jusqu'au Golgotha, véritable "icône" de la déchirure, mortelle celle là...mais c'est pour mieux faire éclater dans la Révélation de l'Esprit du Réssuscité que le Christianisme n'est véritablement que Charité !!

Je voudrais te dire, que ces quelques expressions de ce que je crois profondément, ne sont en rien le fruit de ma "situation" ou d'une quelconque tentation à la Bernanos : c'est la Foi telle que je l'ai reçue et vécue dans un contexte donné, que je vis aujourd'hui dans un autre contexte, qui s'enrichit de tout y compris de ce que tes reflexions ont de pertinent... un chemin qui du coeur des petites espérances ouvre la route des grandes ....! En tous cas, je te le dis, un chemin parfois dur, mais route de paix et de sérénité !

Bien à toi
Michel


A suivre ??

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Publié dans Dialogues

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P
Bien sûr qu'il y aura une suite !L'histoire du christianisme n'est pas encore terminée.Et il y a mille sujets de réflexion que tu peux déposer sur  ton blog."SPE SALVI" ECRASE-T-ELLE L'ESPRIT HUMAIN ?Un exemple : quand le Pape nous invite à penser "l'Espérance", il la situe par réflexe dans cette obsession bien occidentale (ou moderne) qu'est le Devenir.Or, n' y a-t-il pas des évènements du passé qui peuvent être objets d'Espérance ? Quand nous affirmons que "Jésus est ressuscité", est-ce une proclamation uniquement de foi ? ou bien d'espérance aussi dans un acte historiquement accompli ?Il me semble que la foi chrétienne serait considérablement réhaussée si elle consentait d'abord à s'abaisser devant cette évidence que ce qui est advenu dans le passé, la matière première de cette foi chrétienne, demeure aussi une espérance de notre esprit.Malheureusement, les discours du Magistère nous amputent de cet autre aspect de la réalité chrétienne : notre esprit *; ils nous aliènent à des certitudes de foi que notre esprit doit recevoir sans respect de lui-même.En sacrifiant la transcendance de l'Evangile au bénéfice d'une détermination historique à laquelle nous devons exclusivement croire, j'ose dire que l'Eglise défend sa légitimité (et son pouvoir) par le plus puant des matérialismes qu'elle voudrait combattre sur d'autres fronts.A cet effet, nul doute que les esprits les plus sincèrement chrétiens endossent un fardeau insupportable.Je dis cela parce que ta dernière réponse fait montre d'une souffrance et d'une sublimation sacrificielle à peine soutenables.Non que le chrétien n'ait pas à souffrir, mais la souffrance ne peut être une vertu chrétienne ! Et je tiens le Magistère pour largement responsable de ce drame de nos esprits depuis des siècles.Donc, j'ose le dire ici : le Pape se présente en subtile exégète, mais il reste un positiviste allemand (qui aime dominer).Et vouloir lui résister sur la base de Gn 1 est une erreur. Car brandir que l'homme fut "créé à l'image de Dieu" induit une détermination historique sur laquelle, dans son régistre, il glose à merveille : ici même, l'Espérance devient marquée d'une nécessité, donc d'une servitude.Alors que la transgression de l'homme en Gn 2 est la marque personnelle de la dignité de son esprit (né du souffle divin). Bien sûr l'homme désobéit, mais dans le Christ Dieu l'aime. Donc, dans le Christ, il accueille le libre-arbitre de l'homme autant que son espérance de devenir "comme l'un de nous". Et pour cela, Dieu lui-même s'est fait... comme l'un de nous. Cette espérance chrétienne sublime est née de cette première espérance de l'homme qui a été décevante - et par la connaissance acquise et par le chatiment reçu. Mais l'homme n'a jamais désespéré de Dieu et il en espère toujours.En réponse : "la vérité et la grâce nous furent données par Jésus-Christ".Je te laisse la parole.Merci pour ta publication. Philippe(*) Toi qui fus vicaire ou curé, comment expliques-tu que dans l'office divin, "le Seigneur soit avec nous" et "avec l'esprit" (seulement) du célébrant ? Les laïques baptisés, confirmés, n'ont-ils donc point d'esprit avec lequel le Seigneur puisse entrer en communion ?
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