Rupture..Témoignage (3) Dialogue avec l'évêque.

Publié le par MICHEL




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Ce jour là , j'ai fait  1500 kilomètres pour venir  échanger avec mon évêque  qui me reçoit d'ailleurs le plus aimablement du monde !

Quelle est la question  ?
Envoyé en "mission" d'étudier, je viens faire part à mon évêque de ce que je découvre à travers mes études, des questions que je me pose et des moyens que je souhaite pour  y répondre...

- Vous êtes quelqu'un d'équilibré, sur qui nous comptons beaucoup, comment vous laissez vous ainsi inquiéter et pourquoi ces remises en question ?

- Si vous m'avez demandé de faire des études c'est pour exercer un "ministère" de formation et je suis bien sûr disponible  pour l'exercer .... mais  j'ai des doutes sur la façon dont nous concevons la formation en matière de Foi et de Vie Chrétienne...

- Que voulez vous dire ?

- J'ai l'impression que l'on considère que nous avons la responsabilité d'apprendre la foi à des personnes qui ne la connaissent pas, pour qu'ils la vivent, remplissent nos Eglises et  témoignent dans la société...
Mon travail de reflexion exégétIque et théologique sur la Création, le partage avec des laïques militants me fait douter de cette perspective !

- Je pensais que vous aviez assez de "colonne vertébrale" pour ne pas vous laisser influencer par  tous ces courants nouveaux et desordonnés d'après concile qui de toutes façons n'iront pas loin : tout rentrera dans l'ordre grâce à des personnes comme vous, à condition qu'elles soeint solides !

- Je comprends, Monseigneur, que vous puissiez douter de ma solidité, je regrette que vous n'acceptiez pas, au nom de la confiance que vous me témoignez depuis de longs mois que quelquechose d'important puisse se passer dans la conscience que j'ai de ma vocation, conscience qui évolue...
Je doute que le vrai chemin vers la foi passe uniquement par l'intégration de "notions", par la maîtrise d'un catéchisme...
Souvent les gens qui sont missionnaires au contact des personnes à évangéliser aiment parler de "pierres d'attentes",  de "valeurs" qu'ils croient discerner dans la vie telle qu'elle est vécue même en dehors de la foi..."Pierres d'attentes" enfouies dans le brouillamini de l'existence mais points d'ancrage eventuels d'une foi Chrétienne, "Valeurs" dites humaines, mais qui conduisent à des comportements qui n'ont rien à envier à ceux qui sont générés par la "Charité Chrétienne"..

- Bien sûr nous ne pouvons nier que des hommes et des femmes même non chrétiens puissent poser des actes qui vont dans la bonne direction : c'est peut être tout simplement parce qu'ils vivent dans des contextes culturels marqués par la pensée et la prédication chrétienne...

- Franchement, Monseigneur, je crois qu'il y a plus et je viens vous demander de bien vouloir m'accorder les moyens de creuser cela davantage car ce n'est pas simple !
La Théologie de la Création telle qu'elle refait surface à partir des textes du Concile et en particulier de "Gaudium et Spes" souligne que l'homme est créé à l'image de Dieu, qu'il est créé par le Verbe, pour le Verbe, dans le Verbe...
Ces "Pierres d'attente" et "Valeurs" que nous acceptons de reconnaître dans la vie des personnes ne sont elles pas dejà des "présences"  inchoatives et cachées certes, mais reelles du Christ en qui par qui et pour qui tout a été fait ?
Si la réalité de la vie des personnes est ainsi marquée de cette empreinte et de cette dynamique, est il possible d'avoir l'audace d'annoncer et de précher Jésus Christ vivant, reconnu, partagé et célébré sans avoir le souci de le faire à partir de ces prémices et dans leur prolongement ?
Dans ce cas, nous aurions toute chance que notre prédication et les vérités aux quelles elle ouvre soient ancrées solidement dans la vie et le dynamisme des personnes pour les authentifier et leur permettre de s'accomplir..
A ne pas passer par cette écoute et cette reconnaissance, ne risquons nous pas de developper un discours qui pour aussi beau et séduisant qu'il soit ne trouvera jamais son point d'ancrage et sera balayé par la première tornade ?

- Tout cela est beau, mais je crois que vous compliquez bien sérieusement les affaires !!

- Oui, je sais ! Je crains qu'il soit plus facile de "séduire" les gens, de leur donner l'occasionde faire la "fête", de les rassembler  autour de mots et de concepts dont on préserve soigneusement l'opacité et le mystère....Cela Monseigneur,  c'est la stratégie d'enrôlement, d'envoutement, c'est la stratégie des sectes qui menace très serieusement notre Eglise...
Il me semble que le premier temps de l'Evangélisation c'est celui de l'Ecoute..Dans chaque personne, dans chaque groupe de personnes et de façon très spécifique, Dieu créateur dit déjà quelquechose de lui, de son dessein d'amour sur le monde universel et de l'oeuvre spécifique à laquelle est appelé celui que nous évangélisons..

- Vous n'avez pas le droit de dire cela cher ami...
Vous insistez pour avoir du temps pour travailler et réfléchir, nous verrons quoi vous accorder mais moi je vous demande de travailler d'arrache pied pour avoir vos grades et venir rapidement prendre un poste d'enseignant au séminaire...
En attendant permettez moi de vous offrir le dernier livre du Père BESNARD sur la Prière, ce vous sera bien plus utile que bien de vos raisonnements...

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Je suis reparti vers mes études et tout au long des kilomètres de chemin de fer, je revivais cet entretien : non, vraiment, nous n'étions pas mon évêque et moi sur la même longueur d'onde !

Nous verrons comment le hiatus rendu manifeste ce jour là s'est creusé jusqu'à la rupture !











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Publié dans Vie de l'Eglise

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P
Cher Michel. Je suis quotidiennement le feuilleton de ta "rupture" avec le ministère presbytéral.Pour avoir été séminariste, je connais bien l'Eglise et cet épisode m'a semblé familier. Et donne l'impression d'une noyade dans un verre d'eau.Pourquoi tant de prédilection pour ces "pierres d'attente" ? Ce sont les "pêcheurs" et non les "justes" que Jésus vient appeler. Moyennant quoi, l'Eglise travaille pour l'éternité et non en vue d'une clientèle en apparence acquise ou probable.Bref, ton compte-rendu laisse à penser qu'avec cette "théologie de la création" tu t'es quelque peu perdu . Contrairement à ce que j'ai pu lire sur ton blog, je ne crois pas que la Création soit elle-même dans l'ordre du salut. Et, quoi qu'il en soit, une théorie religieuse doit rester marginale dans la vie de l'Eglise et de ses ministres, le christianisme ne pouvant se réduire lui-même à une idéologie religieuse.Personnellement, je m'autorise à considérer que l'ouverture d'un concile oecuménique (Vatican II) dans une époque ultra-politisée était une erreur. Jean XXIII, comme Benoît XVI, devait être un "pape de transition". Il a pris une initiative inattendue qui divisa l'Eglise dans un monde déjà divisé. Par ailleurs, la fameuse réforme liturgique devait creuser ce fossé entre les générations que l'on peine à combler aujourd'hui.Les prêtres et les évêques allaient naturellement devenir les fantassins du Concile, au premier rang desquelles les jeunes prêtres étaient les plus exposés - face aux communautés paroissiales, face à la jeunesse, face aux faux-semblants. Avec un peu d'expérience, et moins de paulinisme dans leur jeune vin de messe, sans doute auraient-ils pu reconnaître parmi les "pierres d'attente" les pires ennemis du Christ.Bien à toi. Philippe
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M
Bonsoir et merci de ton message que je trouve très cohérent...Mais tu comprendras que je ne peux adhérer.Le Concile a été pour l'Eglise un évenement majeur et cela dépasse de loin ma petite situation...Il est sûr qu'il y a eu une inflexion de la théologie et de la Pastorale du fait de la vision plus globale du Salut intégrant la Création.. ce qui est d'ailleurs on ne peut plus traditionnel (voir les Pères de l'Eglise notamment les grecs). Il y a eu du même coup une rupture avec une vision dualiste de la vie et de la foi qui n'est certainement pas chrétienne...S'il ne s'agissait que d'une tempête dans un verre d'eau, l'Eglise ne connaitrait pas les secousses qu'elle connaît...Merci quand même et peut-être à plus car je pense continuer mon témoignage : c'est un exercice difficile et exigeant mais très profitable !
K
bonjour,... pas très honnête de reporter publiquement un dialogue confidentiel avec ton évêque.... une telle attitude manifeste un état d'esprit ?... dommage que des elucubrations intellectuelles se transforment en un brouillard qui éclipse le soleil !KTOvox... Resistentia Catholica contra Ignorantiamhttp://ktovox.blogspot.com
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M
Merci quand même pour les "élucubrations" !Le dialogue rapporté ici est une reconstitution avec un évêque décédé depuis longtemps et dont vous ne savez pas où il était en mission...L'état d'Esprit, c'est celui de nombreuses personnes qui aiment l'Eglise et la voudraient plus solide dans sa Mission d'annoncer l'Evangile et moins engoncée dans des idéologies passéistes qui la minent de l'intérieur..Mais, merci beaucoup de votre commentaire : je continuerai d'écrire et vous de commenter si vous le souhaitezCordialementMichel