Témoignage : Savoirs ou Convictions ?

Publié le par MICHEL



Nous sommes le 26 Juin 2007 mais je me permets de revenir près de 40 ans en arrière,( le temps d'une traversée du désert ?) pour retrouver la genèse des questions auxquelles il est bien possible que des réponses manquent encore !

Eté 1968.
C'est l'année des "evenements" bien connus : c'est celle de mon ordination : c'est aussi celle d'"Humanae Vitae" l'encyclique de Paul VI sur la "régulation des naissances".

Pour mon ordination mes parents avaient organisé une grande fête de famille où cousins et cousines, oncles et tantes, sont venus nombreux participer : oui, ce fut grandiose : "une journée biblique" diront certains.

ornements.jpg

La tradition familiale veut que suite à ce genre de fête, les invités "rendent" l'invitation ; elle veut aussi que lorsqu'un évenement familial s'accompagne d'une célébration religieuse, l'on fasse appel à un Prêtre de la famille surtout s'il est tout "frais" !

C'est ainsi que j'ai passé tout cet été chez les uns et les autres alors que j'avais des examens à préparer ! Mais finalement les nombreuses rencontres de cet été ont donné lieu à des échanges qui ont certainement pesé lourd dans ma façon de comprendre et de mener mes études... Pratiquement tous les dimanches  j'étais convié avec mes parents à fêter mon ordination dans les différents foyers de la famille..Dans ces circonstances là, les discussions sont feutrées et on échange peu sur des questions personnelles...mais l'Eglise, le récent Concile, le vicaire "ouvriériste" du coin, le curé "iconoclaste" qui a chamboulé le choeur de l'Eglise du village, l'autre qui arrive à la messe avec sa guitare...et l'aumônier des étudiants qui a défilé derrière le drapeau rouge et le drapeau noir réunis ! sont régulièrement au menu avec comme ponctuation cette reflexion :  "toi,au moins, tu ne seras pas comme cela !!!" me dit on partout.."
De dimanche en dimanche, à travers mes proches dont la grande majorité sont des gens d'Eglise, soutien de toutes les oeuvres, animateurs des paroisses où l'un  joue de l'harmonium, l'autre prépare et anime les kermesses et d'autres encore font les comptes, conseillent l'Eglise locale pour ses affaires temporelles etc...à travers toutes ces personnes je sens un raidissement violent face à cette Eglise qui essaie de mettre en oeuvre le tout récent Concile Vatican II et par laquelle eux, qui rendent tant de services et sont si "dociles" depuis des générations, se sentent maintenant "agressés" pour ne pas dire rejetés...

Au mois d'Aout, j'avais été convié à célébrer le mariage d'un de mes cousins en"beaujolais" : (quelle bonne ibeaujolais.jpgdée !) et de fait, le soir, lors d'une reception familiale particulièrement chaleureuse, je me souviens m'être trouvé autour d'un des petits fûts de beaujolais répartis dans le parc (le meilleur nous indiquait la maîtresse de maison qui passait par là ! ) : nous étions quelques uns: un menage déjà âgé, une de mes cousines jeune mariée en Angleterre, un oncle handicapé et une ou deux personnes dont je ne me souviens plus ; j'étais là en "col romain rigoureux" et le verre à la main malgré tout ; et me voilà pris à parti par ma cousine à propos de la récente encyclique du Pape : la conversation s'anime, se durcit, d'autres arrivent et le vin libérant la parole, chacun y va de son témoignage : evidemment je ne peux que défendre le Pape et son texte puisque je suis là "es-qualité" sans doute, mais également sans la moindre expérience de quoi que ce soit des questions agitées avec mes 23 ans et finalement sans "défense" face à des témoignages lourds de vie, de richesse et bien souvent de souffrances ...



Rentrant le soir à l'hotel, je suis resté un long moment sans réaction, un peu hagard : était ce le vin ? Non point du tout, mais je venais de subir un véritable choc et une évidence s'imposait à moi : un vrai fossé existait entre le texte du Pape et la façon dont ma formation me préparait à un ministère "enseignant" d'une part et la vie des personnes que je venais d'entendre de l'autre : des personnes que je connaissais, que j'appréciais, qui quelques jours auparavant étaient venues enthousiastes accompagner mes premiers pas de Prêtre me couvrant de cadeaux...

Quelques jours plus tard, un ami Prêtre, chapelain d'un lieu de pélérinage marial local, me demande de venir l'aider pour la fête annuelle du sanctuaire ; "Tu viens de Rome, il va y avoir des tas de personnes à la confession : à toi de te débrouiller avec eux leurs problèmes de pilule et le Pape..." et de fait à l'occasion de ce pélérinage, je commençais le ministère de la "confession": longues heures au confessionnal et des problèmes de couple (pilules et autres) à peu près une fois sur deux ! Le vrai Baptême du feu ! J'avais bien sûr en réserve des tas de bonnes paroles puisées aux bonnes sources de la tradition de l'Eglise et d'éminents confesseurs mais je voyais bien que je m'abritais derrière et que mes mots passaient à côté...et quand j'essayais d'être plus spontané, j'étais vite bloqué devant des vies dont je n'avais pas jusque là soupçonné la difficulté : dans ma tête et plus encore dans mon coeur : un vrai carnage !

Ma famille m'ayant doté d'une voiture, je repartais vers Rome et au long des kilomètres et des autoroutes sans fin, je repassais toutes ces rencontres et tous ces moments de l'Eté dans ma tête, mon coeur et ma conscience...
On ne peut pas se contenter d'affirmer la doctrine, de poser les principes de morale : il doit y avoir moyen de rendre les personnes plus sensibles et plus curieuses de la doctrine comme il doit y avoir possibilité qu'une vraie pédagogie soit mise en oeuvre par rapport à la morale me disais-je !
Quant à tout ce que j'avais entendu à propos du Concile, au bout du compte je le comprenais pour l'avoir vécu moi aussi et parce que sur certains points, j'étais assez d'accord avec les réactions entendues : il fallait bien que j'accepte d'être issu d'un milieu plus traditionnel que novateur, et me sentais bien attaché à des formes, des habitudes : recemment quant grâce à leur pression, les "novateurs" ont obtenu de faire chanter le magnificat de "Gelineau" à la fin de la cérémonie d'ordination à la Cathédrale à la place du "Te Deum" traditionnel j'ai ressenti comme une écorchure  : ce "Te Deum" chanté par les nouveaux ordinands (à l'époque ils pouvaient être une trentaine) en alternance avec les 300 ou 400 voix des Prêtres Basques et Béarnais présents, accompagné par le grand orgues et le maximum de sa puissance ... c'était chaque année un monument à faire vibrer les voûtes de la cathédrale et à vous remuer jusqu'aux larmes..à côté duquel le magnificat de Gelineau balbutié par des gens qui le connaissaient mal fit bien pâle figure et n'eut certainement pas d'effet comparable !

Quant à mes études, j'étais parti en vacances avec le souci de préparer un examen et d'en finir rapidement...je revenais à Rome avec des questions et je sentais bien que je n'avais pas le droit d'en revenir chargé de missions d'enseignement sans m'être mis en situation de trouver au moins la voie des vraies réponses...Oui, c'était un nouveau chantier : il me fallait puiser plus profond, ne plus me contenter d'apprendre et de répéter, mais travailler sur le mode de la recherche avec d'autres pour mettre à jour des convictions solides plus que des théories faciles !

Le régime des "bonnes notes" et "mentions" de "potache était passé, la nécessité des "convictions" était là !

Mais ici, problème de gestion des "Ressources humaines"...!  voir le lien : (Ressources humaines)
A l'époque, aucune structure parmi celles destinées à nous aider, nous encadrer, nous stimuler n'était en état de prendre en compte les questions posées ci dessus...
Les initiatives ou essais que nous prenions sur nous faisaient immédiatement l'objet d'un regard soupçonneux : n'étaient elles pas propres à introduire du désordre et des perturbations dans une machine qui fonctionnant avec des élites dociles...fonctionnait si bien ?
On nous disait facilement : "Priez, Priez et vous verrez, tout s'éclairera pour vous..."
Admiratif des bénédictins dont j'avais partagé la vie comme élève de leur alumnat, j'avais été très sensibilisé à la prière mais cette prière qu'on nous recommandait pour pallier à une incapacité de voir les choses en face, je ne la comprenais pas et pour tout dire je suis devenu très sceptique par rapport à cette façon de parler de "Prière" à tous bout de champ et pour n'importe quoi !

velatio2.jpgCérémonie du "voile" ; l'Orante (Catacombe S.Priscille Rome)
La Prière ne dispense en aucune manière la recherche de la vérité non seulement avec les doctrines et le savoir mais plus encore avec la vie et ses questions ! la Prière me parait être tout autre chose : nous en parlerons certainement dans ce blog.

Bref, pour essayer d'avancer sur le chemin de "Convictions" il fallait...."se débrouiller" ! Et finalement, ce fut peut être une Chance !

Publicité

Publié dans Moments de Vie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
Je passe pour dire bonjour et aussi que j'ai un ami aumônier militaire qui n'a pas non plus la même vision des choses que certains prêtres rétrogrades! Amitiés
Répondre