La Tradition Bafouée ! (Motu Proprio)
La libération du rite de Saint Pie V : Scandale de la Tradition bafouée
« Dans une acception forte, conforme à l'étymologie, scandale, en se référant à l'obstacle comme pierre d'achoppement, met en évidence le caractère irréductible, inacceptable de ce qui le constitue par rapport à nous. »
(Définition de je ne sais quel dictionnaire !)
Dans la Foi catholique, le concept de « Tradition » est particulièrement riche : les deux sources de la Révélation sont « l'Ecriture » et la « Tradition ».
Qu'est ce que la « Tradition » : c'est la transmission à travers les siècles et les générations de l'Ecriture lue et vécue en Eglise sous l'inspiration de l'Esprit Saint : c'est un mouvement extrêmement vivant enraciné dans l'existence des hommes depuis que le Christ la partage pour la mener à son accomplissement.
Le Concile Vatican II, dans de nombreux textes et en particulier dans la Constitution sur la Liturgie appelle l'Eglise à se régénérer dans cette Tradition
Y a t il plus Traditionnel que cette démarche ? les trésors de l'Ecriture tels qu'ils sont redécouverts par une exégèse libérée par Pie XII (Divino afflante Spiritu) sont mis de façon plus systématique et plus didactique à la disposition du Peuple Chrétien ; sont retrouvées également les grands textes de la Tradition Patristique : la Didachè, de nombreuses prières Eucharistiques et Anamnèses..; le Peuple Chrétien se regroupe autour de l'Evêque et de son Presbyterium et de leurs concélébrations..
Voilà la Tradition ...
Non, personne n'a le droit de figer cette Tradition et d'en arrêter le jaillissement à quelque époque que ce soit au prétexte que la dite époque (la contre réforme en l'occurrence) correspond mieux à l'idéologie sur la quelle on veut s'appuyer.
Désolé mais dire que le missel de Saint Pie V représente la fidélité à la Tr adition n'est rien moins qu'une imposture !...et ceux qui en font la promotion le savent parfaitement !
Pourquoi donc le font ils ?
Parce qu'à l'évidence derrière la revendication « liturgique » il y a beaucoup plus et beaucoup plus grave : il s'agit de l « enfermement » du message Chrétien, de sa Parole, de sa Tradition dans une idéologie humaine...
Il suffit de regarder d'où viennent les tenants du « traditionnalisme » : Maurrasiens d'hier, Le Penistes d'aujourd'hui en constituent le noyau : ici on utilise la religion, le respect qu'a le « bon peuple chrétien » pour l'Eglise et ses structures pour consolider renforcer et divulguer une conception de la vie et de l'existence sinon suspectes, au moins très réductrices...
Il se dit ici ou là qu'il conviendrait de relire le « Concile Vatican II » et ce serait ces « gens-là » qui seraient en première ligne ?
Mais ce n'est pas la première fois que l'on fait cette erreur...
Souvenons nous, dans les années qui ont suivi le concile et les événements de mai 68...La tentative d'enfermer la Foi Chrétienne dans une idéologie était tout aussi forte et elle a fait des dégâts considérables : entre autres, d'exaspérer les chrétiens qui n'en voulaient pas..
Quand les homélies étaient des manifestes gauchisants, quand dans leurs réunions de travail les Prêtres se provoquaient mutuellement à des professions de foi politiques on déraillait aussi et ce n'est pas complètement par hasard que s'est peu à peu durcie la réaction intégriste que l'on déplore aujourd'hui.
Malgré cela, l'Eglise de l'époque a su accompagner des groupes humains qui n'étaient pas des « habitués » et s'implanter au milieu d'eux, mais malheureusement cela s'est fait au détriment des milieux dits de « tradition » dont l'Evangélisation est devenue le « parent pauvre »...
![]()
Il serait grand temps qu'au lieu de se « buter » sur les idéologies humaines pour en apprécier certaines et condamner les autres, on "risque" de franchir ces premiers rouleaux pour avancer vers l' eau profonde qu'ils cachent : rejoindre authentiquement la vie des personnes et des peuples retrouver les dynamismes dont le Créateur les anime et à travers cela discerner comment ils sont déjà en marche vers la Parole, vers l'Eglise de façon spécifique...
En chemin , certes, parce qu'ils réfléchissent sur leur condition et sur leur histoire, les peuples, les groupes humains échafaudent des philosophies et des doctrines : Dans des situations historiques de crises ou de désastres, les mots les thèses et les raisonnements peuvent choquer ...mais ils sont toujours porteurs d'un message pour ceux qui veulent bien aller écouter jusqu'au coeur des détresses humaines même et surtout au-delà de leur expression.
Les « Intégristes » méritent beaucoup plus de la part de l'Eglise que ces concessions qui leur sont faites aujourd'hui de « mariner dans leur jus » (excusez la trivialité du propos...mais c'est tellement cela !) : ils ont grand besoin qu'eux mêmes et les groupes humains qu'ils représentent soient rejoints en vérité ; le Concile Vatican II parle d'eux aussi quand ils proclame : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. Leur communauté, en effet, s'édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l'Esprit-Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d'un message de salut qu'il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. » (Constitution Pastorale pour le monde de ce temps « Gaudium et Spes »)
Ces personnes et ces groupes sont souvent parmi les cadres et les élites de la société : ils y exercent de lourdes responsabilités et à ce titre sont grandement impliqués dans l'organisation de la vie : il est vrai que c'est beaucoup plus difficile de les rejoindre, de les écouter, de les aider à comprendre qu'elle est leur vocation chrétienne dans tous ces milieux responsables, souvent riches de biens matériels et de traditions gratifiantes...
Il est incontestable que, l'approche de l'Evangile vient ici contrer des tendances lourdes et sur lesquelles il est difficile d'agir, parce que les mécanismes en sont complexes mais aussi parce que cela correspond toujours à une dépossession de soi, à des révision parfois « drastiques »...
Quand la prédication de l'Evangile se fait dans le prolongement de l'aspiration de peuples ou de couches de populations opprimées ou qui vivent dans des situations de pauvreté inacceptables elle peut paraître plus « exaltante », plus conforme à la « priorité » aux plus pauvres .
Ce n'est pas pour autant que c'est plus facile ou moins nécessaire ; peut être est ce plus gratifiant sur le plan humain et l'appel à la mission pour difficile qu'il soit est peut être plus clair : l'incarner dans des attitudes plus tranchées, des témoignages plus forts est moins compliqué.
L'Eglise en tant qu'institution (et à tous les niveaux) n'est elle pas comme tous ces groupes humains riche de son histoire, de son influence, de ses biens et porteuse de lourdes responsabilités ?
Évangéliser les « riches », les gens de « pouvoir » les gens de « savoir » est d'une exigence majeure à laquelle l'Eglise ne peut se dérober.
Elle ne peut le faire en vérité que si elle même continue de chercher à être au milieu des hommes servante et pauvre, inconditionnelle dans la priorité à l'écoute et l'attention à la vie des hommes et des peuples.
Publicité