Droit de vivre dans la dignité (2)

Publié le par MICHEL

voir : "La naissance d'une Espérance" (lien)marino-martini1.jpg

 

"Dialogue sur la Vie"
entre le Cardinal Carlo Maria Martini
et le professeur Ignazio Marino

voir
1.La fécondation médicalement assistée (lien)

2. la fécondation hétérologue (lien)
3. la recherche sur les cellules souches embryonnaires
4. les embryons congelés existants (lien)

5 les adoptions par des personnes seules (lien)
6 la question de l'avortement



 

 

7.- Des compensations
pour le don des organes?


 

MARINO

Il y a un sujet qui me touche de près, puisque depuis plus d'un quart de siècle je m'occupe de trans­plantations d'organes. Grâce aux greffes, aujourd'hui des milliers de personnes, vouées autrement à une mort certaine, guérissent et mènent une vie épanouie à tous points de vue. La limite principale à une plus grande dif­fusion de cette thérapie est liée au nombre insuffisant de dons et donc d'organes à transplanter, et par conséquent beaucoup de personnes en liste d'attente meurent.

Pour augmenter le nombre des donateurs, dans certains pays et surtout en Grande Bretagne, on a avancé l'hy­pothèse d'établir une compensation pour les familles qui acceptent de donner les organes d'un parent après sa mort. On doute qu'il soit éthiquement correct de propo­ser des avantages matériels ou de l'argent en échange du don des organes. Certes, de cette manière on pour­rait probablement augmenter le nombre de donations et de transplantations, en répondant ainsi aux exigences des malades en attente d'un organe qui sauvera leur vie. Pourtant ce scénario porte en lui-même le présupposé d'un comportement non équitable. Ne risque-t-on pas d'instaurer une situation où seulement les moins nantis, dans la perspective d'une récompense, seront plus dis­posés à offrir les organes, tandis que les plus riches se limiteront à les recevoir? Une donation, en tant que telle, ne devrait-elle pas se fonder toujours et seulement sur un principe d'égalité?

 

MARTINI

Personnellement je ressens bien ce que vous affirmez en conclusion, c'est-à-dire l'importance du

principe d'égalité et les dangers très graves en cas de rétribution des organes. Il me semble que le chemin à suivre serait de diffuser le plus possible le principe de donation et faire mûrir la conscience collective sur ce point. Il est vraiment souhaitable qu'il n'y ait plus per­sonne qui meure en liste d'attente, alors que des organes sont disponibles.


 

MARINO

La question de l'égalité nous porte directe­ment à nous interroger sur les problèmes et sur les mala­dies qui tourmentent des millions de personnes partout dans le monde, surtout dans les pays les plus pauvres et les plus défavorisés pour lesquels l'idée d'égalité reste un rêve très éloigné sinon une pure utopie. Comment ne pas penser immédiatement au Sida? 42 millions de per­sonnes environ dans le monde sont porteuses du virus VIH. Rien qu'en 2005, d'après les données fournies par les agences de l'ONU, trois millions de personnes sont mortes du Sida et on a recensé 5 millions de nouveaux infectés. 60 pour cent des porteurs du virus vivent dans les pays les plus pauvres de l'Afrique Sub-saharienne, c'est-à-dire en moyenne entre 5 et 10% de la population, avec des pics de 25 à 30 pour cent dans certains pays tels que le Botswana ou le Zimbabwe.

 

 

 

 



8.- La Pandémie du Sida

 

 

MARINO

Le VIH est la plaie d'un continent qui engendre non seu­lement des malades, mais des orphelins, la pauvreté, l'impossibilité d'améliorer les conditions de vie. Aujourd'hui, dans le monde occidental, le virus est gardé sous contrôle grâce aux progrès des thérapies pharma­cologiques qui permettent à un séropositif de mener une existence tout à fait normale, avec un espoir de vie com­parable à celle des personnes non contaminées par le virus. Encore très récemment, le coût annuel des médi­caments pour une personne séropositive était de l'ordre de 10.000 euros, un chiffre prohibitif uniquement sup­portable par les pays où il y a un service national de santé. Aujourd'hui les prix, dans un régime de concur­rence, se sont écroulés, jusqu'à se tasser, en 2003, à 700 euros pour les médicaments de marque (produits par les multinationales pharmaceutiques) et autour de 200 euros pour les génériques de fabrication indienne, brésilienne et thaïlandaise. Malgré ces énormes pas en avant, dans plusieurs pays africains, la dépense indivi­duelle pour la santé ne dépasse pas les 10 dollars par an, donc, sur le terrain, l'accès aux médicaments et aux thérapies destinées à combattre le Sida est impossible et le virus continue de se propager. Nous savons qu'on peut combattre partiellement le Sida par la prévention et l'utilisation de préservatifs. Comment peut-on accepter de ne pas promouvoir l'utilisation du préservatif pour contribuer à endiguer la diffusion du virus? N'est-ce pas un devoir des gouvernements de faire des choix et de prendre des décisions à ce sujet? Et, par rapport à la doctrine officielle de l'Église catholique, ne faudrait-il pas en tout cas opter pour un moindre mal et contribuer ainsi à sauver beaucoup de vies humaines?

 

MARTINI

Les chiffres que vous citez suscitent désar­roi et désolation. Dans notre monde occidental il est très difficile de se rendre compte de la grande souffrance de certaines nations. Puisque je les ai visitées personnelle­ment, j'ai été témoin de cette souffrance, souvent sup­portée avec une grande dignité et presque en silence.

Il faut tout mettre en œuvre pour combattre le Sida. Il est vrai que, dans certaines situations, l'utilisation du pré­servatif peut représenter un moindre mal. Il y a en outre la situation particulière des époux, dont l'un est malade du Sida. Celui-ci est obligé de protéger son partenaire qui doit lui-aussi pouvoir se protéger. Mais la question est de savoir s'il est opportun que ce soient les autorités religieuses qui se chargent de la publicité pour un tel moyen de défense, comme si d'autres moyens morale­ment soutenables, y compris l'abstinence, devaient pas­ser en second lieu, au risque de promouvoir une attitude irresponsable. Une chose est donc le principe du moindre mal, applicable dans tous les cas prévus par la doctrine morale, autre chose est le sujet qui est chargé de s'exprimer publiquement sur de telles questions. Je crois que la prudence et la considération des diverses situations locales permettra à chacun de contribuer effi­cacement à la lutte contre le Sida sans favoriser en même temps des comportements non responsables.

 

 

 


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Publié dans Carlo Maria MARTINI

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