Droit de vivre dans la dignité (3)

Publié le par MICHEL

voir : "La naissance d'une Espérance" (lien)marino-martini1.jpg

 

"Dialogue sur la Vie"
entre le Cardinal Carlo Maria Martini
et le professeur Ignazio Marino

voir
1.La fécondation médicalement assistée (lien)

2. la fécondation hétérologue (lien)
3. la recherche sur les cellules souches embryonnaires
4. les embryons congelés existants (lien)


5. Les adoptions par des personnes seules
6. La question de l'avortement


7. Des compensations pour le don des organes
8. La pandémie du SIDA


9.- La fin de la vie

 

MARTINI

Mais je crois que pour notre dialogue le moment est venu de passer à une série de problèmes qui concernent la vie, et précisément ceux qui se réfèrent à sa fin. Il est nécessaire de vivre dans la dignité et, conformément à ce principe, également de mourir dans la dignité. Or, comme vous le savez, à ce propos se posent, surtout en Occident, des problèmes très graves.

 

MARINO

Certes, vous pensez d'abord à l'euthanasie, un mot qui suscite beaucoup de confusion parce qu'on lui attribue plusieurs significations. Pour cette raison je préfère ne pas parler dans l'abstrait, mais m'exprimer de manière très concrète. Peut-on ou ne peut-on admettre qu'une personne induise volontairement la mort d'une autre, gravement malade et soumise à des douleurs physiques insupportables, pour soulager cette douleur? Face à une situation irréversible où la mort est inévitable, je pense qu'une administration de médicaments comme la morphine est absolument nécessaire. Ils soulagent la douleur et permettent au malade le passage de la vie à la mort dans une tranquillité plus grande. C'est ce qui se fait, dans toutes les réanimations aux Etats-Unis, dans ces circonstances dramatiques. Moi-même, tout en souf­frant, puisqu'un médecin voudrait toujours pouvoir sau­ver la vie de ses patients, pendant que je travaillais aux États-Unis, j'ai décidé plusieurs fois de suspendre toutes les thérapies. C'est un moment douloureux pour la famil­le et, je vous assure, même pour le médecin; mais c'est une acceptation honnête du fait qu'on ne peut plus rien faire, sinon éviter de prolonger des souffrances inutiles qui portent atteinte à la dignité du patient. L'Italie est encore gravement déficitaire à ce propos, puisqu'il n'y a pas de lois qui réglementent cette matière, au point que si j'adoptais la même procédure dans notre pays, je pourrais être arrêté et condamné pour homicide, alors qu'il ne s'agit que de ne pas s'acharner par des thérapies qui n'ont pas de sens.

Par contre je ne suis pas d'accord que l'on administre un poison pour provoquer l'arrêt du cœur du malade et pro­voquer ainsi la mort. Mais, tout en condamnant ce geste, je ne suis pas cependant certain qu'on puisse condam­ner la personne qui le pose. Je prends un exemple : dans un film récent qui a gagné l'Oscar, «One Million Dollar Baby», on décrit le drame d'une femme réduite à un état semi-végétatif, après un grave accident sportif, qui demande à un homme, son principal point de réfé­rence dans sa vie, de l'aider à mettre fin à sa souffrance physique et psychologique. L'homme d'abord refuse, puis accepte, puisqu'il pense qu'il s'agit d'un acte d'amour extrême vis-à-vis de la personne à laquelle il tient le plus. Même si je ne puis justifier l'idée de la sup­pression d'une vie, je me demande, dans de telles situa­tions, comment l'on peut condamner le geste d'une per­sonne qui agit sur demande d'un malade et seulement par amour? Et par ailleurs, est-illicite d'admettre le prin­cipe de ne pas condamner une personne qui tue?

 

 

MARTINI

Je suis d'accord avec vous qu'on ne peut jamais approuver le geste de qui provoque la mort d'au­trui, en particulier s'il est médecin, (dont le but est la vie du malade et non la mort). Moi non plus toutefois je ne voudrais pas condamner les personnes qui posent un geste semblable sur demande d'une personne réduite aux dernières extrémités, et seulement par altruisme, ainsi que ceux qui se trouvent dans des conditions phy­siques et psychiques telles qu'ils demandent ce geste à leur égard.

Par ailleurs, je crois qu'il est important de bien distinguer les actes qui apportent la vie de ceux qui apportent la mort. On ne peut jamais approuver ces derniers. Je crois que sur ce point doit toujours prévaloir ce sentiment pro­fond de confiance fondamentale dans la vie qui, malgré tout, voit un sens dans chaque moment de l'existence humaine, un sens qu'aucune circonstance, si adverse soit-elle, ne peut détruire. Je sais toutefois qu'on peut en arriver à désespérer du sens de la vie et à envisager le suicide pour soi ou pour autrui, et je prie donc d'abord pour moi et puis pour les autres afin que le Seigneur protège chacun de nous de ces épreuves terribles. En tout cas il est très important de rester près des grands malades, surtout dans un état terminal et leur faire com­prendre qu'on les aime et que leur existence a en tout cas une grande valeur et qu'elle est ouverte à une gran­de espérance. Dans une telle situation un médecin aussi a une mission importante.

'

10.- Acharnement thérapeutique et interruption des thérapies

 

MARINO

En lien avec ce thème il y a celui de l'achar­nement thérapeutique. La technologie actuelle est en mesure de garder en vie des malades qui, jusqu'il y a peu de temps, n'étaient même pas emmenés dans un service de soins intensifs. Le progrès scientifique permet de prolonger artificiellement la vie, même d'une personne qui a perdu tout espoir de retrouver des condi­tions de santé acceptables. Pour cette raison il semble urgent d'aborder le problème de l'interruption des théra­pies.

Il faudrait éviter toute forme d'acharnement thérapeu­tique, car il est en opposition avec le respect de la dignité humaine. Pour l'Église, la suspension des thérapies est considérée comme l'acceptation d'un fait naturel, de ne pas s'acharner davantage. Le Catéchisme de l'Église catholique dit: "L'interruption de procédures médicales coûteuses, dangereuses, extraordinaires ou dispropor­tionnées par rapport aux résultats escomptés peut être légitime. Dans un tel cas on a le droit de renoncer à l'acharnement thérapeutique. On ne veut pas ainsi don­ner la mort: on accepte de ne pas pouvoir l'empêcher. Les décisions doivent être prises par le patient, s'il en a la compétence et la capacité, et sinon par ceux qui en ont le droit légal, en respectant toujours la volonté rai­sonnable et les intérêts légitimes du patient ».

Il Y a des instruments légaux, comme le testament biolo­gique, qui permettent à l'individu d'indiquer avec préci­sion, et dans un moment de tranquillité émotive, jusqu'à quel point il désire accepter le recours à des thérapies extraordinaires. Le testament biologique représente un instrument très valide pour aider le médecin et la famille à prendre la décision finale. Il devrait se fonder sur des règles flexibles et indiquer aussi une personne de confiance capable d'interpréter la volonté de cet individu, en tenant compte des progrès ultérieurs de la science.

De nombreux pays l'ont adopté avec succès. En Italie le projet de loi a été présenté au sénat depuis longtemps, mais il attend toujours d'être discuté. Ne serait-ce pas le moment d'entamer une réflexion sérieuse et partagée pour introduire le plus tôt possible, aussi dans notre pays, une législation relative à la fin de la vie, c'est-à­dire à un des moments les plus importants de notre existence?

 

MARTINI

Il me semble que le texte du Catéchisme de l'Église catholique cité par vous est exhaustif à ce sujet. Mais si on voulait légiférer sur ce point, il est important qu'on n'introduise pas des ouvertures sur la soi-disant euthanasie dont nous avons parlé précédemment. Pour cette raison je suis aussi dubitatif à propos du testament biologique. Je n'ai pas étudié ce sujet et je ne saurais pas donner à ce propos un avis décisif. Je pense comme vous qu'une réflexion sérieuse et partagée sur la fin de la vie pourrait s'avérer utile, pourvu qu'elle soit justement sérieuse et partagée et ne se prête pas à des spécula­tions partisanes et surtout n'introduise pas, d'une certai­ne manière, des ouvertures à cette décision sur sa propre mort qui contraste avec le sens profond du bien de la vie, comme cela a déjà été dit.


Il est important de bien distinguer
les actes qui apportent la vie
de ceux qui apportent la mort.

Le sentiment pro­fond
de confiance fondamentale dans la vie
doit toujours prévaloir

Chaque moment de l'existence humaine a un sens
qu'aucune circonstance,
si adverse soit-elle,
ne peut détruire.
Publicité

Publié dans Carlo Maria MARTINI

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article