Zones grises : conclusion
voir : "La naissance d'une Espérance" (lien)
"Dialogue sur la Vie"
entre le Cardinal Carlo Maria Martini
et le professeur Ignazio Marino
voir
1.La fécondation médicalement assistée (lien)
2. la fécondation hétérologue (lien)
3. la recherche sur les cellules souches embryonnaires
4. les embryons congelés existants (lien)
5. Les adoptions par des personnes seules
6. La question de l'avortement
7. Des compensations pour le don des organes
8. La pandémie du SIDA
9. la fin de la vie
10. acharnement thérapeutique et interruption des thérapies
11.- La science et le sens de la limite
MARINO
En conclusion, je voudrais une réflexion plus générale. La connaissance, le progrès scientifique et technologique créent des extraordinaires opportunités de croissance pour notre planète, mais en même temps mettent dans les mains des chercheurs et des scientifiques un grand pouvoir, lié à la possibilité d'intervenir sur les mécanismes qui règlent le début et la fin de la vie.
La science court plus vite que le reste de la société, et notamment les parlements, chargés de fixer des règles, mais le plus souvent incapables d'intervenir en temps utile. À mon avis il faudrait exiger avec fermeté un engagement sur sa responsabilité de la part de tout scientifique impliqué dans un domaine de la recherche qui intervient sur l'essence dela vie, sur sa création et sa fin. Étant bien entendu que l'évaluation rationnelle est indispensable, le libre-arbitre du chercheur devrait être discipliné aussi par le sens de sa responsabilité dans l'évaluation des risques et des conséquences de son intervention. Il ne s'agit pas d'en appeler à la foi ou à la religion mais de miser sur une prise de conscience de tout scientifique. Cela ne signifie pas qu'on veuille arrêter le progrès scientifique, mais qu'on veut préserver et respecter le bien le plus précieux pour nous, c'est-à-dire la vie.
L'histoire, malheureusement, nous enseigne que l'appel à la responsabilité individuelle parfois ne suffit pas. Pour cette raison les scientifiques doivent fournir toute information utile et il reviendrait finalement aux parlements, ou mieux, aux institutions supra-nationales de fixer les règles sur la basé du sens commun des citoyens.
MARTINI
Nous sommes tous pleins d'émerveillement et de stupeur, et donc aussi reconnaissants à Dieu, pour le formidable progrès scientifique et technologique de ces dernières années qui permet et permettra toujours plus de soigner la santé des gens. Et nous sommes également conscients, comme vous dites, du grand pouvoir qui est dans les mains de chercheurs et de scientifiques et du ferme engagement de responsabilité qui doit leur permettre la recherche, en évaluant toujours les risques et les conséquences de leurs actes. Ceux-ci doivent toujours contribuer au bien de la vie et jamais le contraire.
12.- La tâche de l'Église
- Former
MARTINI
Pour cette raison il faut parfois pouvoir s'arrêter, ne pas dépasser la limite. Je suis enclin à faire confiance au sens de la responsabilité de tous ces hommes et je voudrais qu'ils aient cette liberté de recherche et de proposition qui permet l'avancée de la science et de la technique, en respectant en même temps les paramètres infranchissables de la dignité de toute existence humaine. Je sais aussi qu'on ne peut pas arrêter le progrès scientifique, mais on peut l'aider à devenir de plus en plus responsable. Comme vous le dites, il ne s'agit pas d'en appeler à la foi ou à la religion, mais de miser sur le sens éthique que chacun porte en lui-même. Certes, des lois bonnes et ponctuelles peuvent aussi aider, mais comme vous le soulignez, la science court plus vite que les parlements.
On exige donc un sursaut de conscience et un peu plus de bonne volonté de manière à éviter que l'homme ne dévore l'homme, mais, qu'au contraire il se consacre à son service et à sa promotion. Les institutions supranationales aussi doivent prendre conscience du danger couru par nous tous et du besoin d'interventions ponc-
tue Iles et responsables. Dans toute cette matière il faut que chacun joue son mie: les scientifiques, les techniciens, les universités, les centres de recherche, les politiciens, les gouvernements et les parlements, l'opinion publique et aussi les Églises.
Pour ce qui concerne l'Église catholique, je voudrais souligner surtout sa tâche formative. Elle est appelée à former les consciences, à enseigner le discernement du meilleur en toute occasion, à donner les motivations profondes pour les bonnes actions. À mon avis les interdits sont inutiles, surtout s'ils sont prématurés, même si parfois il faudra les poser. Avant tout il faudrait miser sur une formation de l'esprit et du cœur au respect, à l'amour et au service de la dignité humaine dans toutes ses manifestations, avec la certitude que chaque être humain est destiné à participer à la plénitude de la vie divine et que cela peut exiger aussi des sacrifices et des renoncements.
- Donner des motivations spirituelles
MARTINI
Il ne s'agit pas d'osciller entre rigorisme et laxisme, mais de donner les motivations spirituelles qui induisent à aimer son prochain comme soi-même, ou, mieux, comme Dieu nous a aimés, et de même à respecter et à aimer notre corps. Comme l'affirme Saint Paul, le corps est pour le Seigneur et le Seigneur est pour le corps. Notre corps est le temple de l'Esprit Saint qui est en nous et que nous recevons de Dieu : donc nous ne nous appartenons pas et nous sommes appelés à glorifier Dieu dans notre corps, c'est-à-dire dans la totalité de notre existence humaine sur cette terre (cfr 1 Corinthiens 6,13.19-20).
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Nous ne nous appartenons pas
et nous sommes appelés à glorifier Dieu
dans notre corps,
c'est-à-dire dans la totalité
de notre existence humaine
sur cette terre
Propos recueillis par Daniele MIRENA
(traduit de l'italien par Carmine CASARIN et Christine BENTLEY)