A propos de "Lumen Gentium" et du "sensus fidei"

Publié le par MICHEL


Dialogue avec Philippe suite à l'article Infaïbillité du "Peuple de Dieu" : le "sens de la Foi"

Philippe :

Bonjour Michel,Puisque que tu as choisis de citer Lumen Gentium n°12, je vais te suivre en proposant une lecture critique de ce seul texte conciliaire.Que le peuple des baptisés soit infaillible (c'est la première phrase) est une DECLARATION DE PRINCIPE.Mais regardons bien ce qui est dit ensuite : - ce peuple est infaillible car il possède une faculté surnaturelle : le fameux "sensus fideï" ; - mais - car il y a un mais ! - ce peuple ne fait la démonstration de ce don surnaturel que lorsqu'il est UNANIME. Autrement dit, pour ce faire, il doit parler d'une seule voix, manifester son unité aux plans spirituel et moral.A défaut, cette infaillibilité demeure par principe mais n'est point prouvée. Chaque fidèle est donc mis en demeure de se rallier à ce qui est déjà défini comme "universel" à tout le peuple.La suite du paragraphe en atteste : pour accueillir véritablement une parole divine - c'est-à-dire développer son "sensus" fideï" - ce même peuple doit "être fidèlement soumis à la conduite du magistère sacré".C'est donc une condition nécessaire.Et quel est donc ce magistère sacré qui peut rendre compte de la totalité du peuple des baptisés ? sinon la papauté !La conséquence doctrinal de ce texte est que : tout baptisé (laïc ou évêque) ne peut être certain de cheminer spirituellement dans la vraie foi que lorsqu'il ne quitte pas le chemin tracé par le pape. Ce chemin-là ne dit pas tout de la foi, mais ce qu'il dit ne peut être transgressé sans affecter gravement le "sensus fidei" ou faculté spirituelle de discernement des erreurs et de la vérité.La conséquence pratique est qu'il y a un avant et un après la proclamation d'un dogme.Exemple : depuis 1954, un baptisé qui rejette le fait spirituel que constitue la conception immaculée de Marie, est dénoncé comme un "égaré" parmi le peuple de Dieu. Avant, il ne pouvait être jugé comme tel.C'est en cela que l'irruption d'un dogme produit un changement - non dans la vérité qui demeure immuable - mais dans l'histoire ! Désormais, tous les "prédécesseurs" de ce baptisé sont donc convaincus d'erreur, et lui devra se repentir ici-bas car instruit du mystère de Dieu (par le magistère sacré et infaillible du pape) il aura contesté cet enseignement.D'aucuns diraient volontiers qu'un dogme de plus c'est une liberté de moins. Mais, pour un catholique, c'est la vérité qui libère ; et la vérité venue du ciel est un don qui doit réjouir : plus la porte est étroite, plus ce qu'il y a derrière doit être désirable*.C'en est donc fini du Jardin d'Eden où tous les arbres étaient bons sauf un. Dans l'Eglise et ses vérités dogmatiques, c'est le contraire : nous sommes dans le jardin de la vérité et des erreurs, quand un fruit est bon il ne faut manger que celui-là.MERCI VATICAN II* c'est déjà ce que croyait Eve, mais au sujet d'un "fruit défendu"!!!


Ma réponse à ce texte à la dialectique affûtée est extrêmement simple : je ne souhaite pas entrer et faire entrer d'autres lecteurs des textes de Vatican II par la porte de la polémique.

Où le « sensus fidei » peut il mieux s'exprimer que dans un concile oecuménique et ses constitutions dogmatiques promulguées par l' Evêque de Rome ?

Avant de faire une « lecture critique » des textes de Vatican II, il convient de les accueillir et de les intégrer comme un « donné de la Foi reçue des Apôtres » : c'est le travail de la Théologie ( encore une fois, « fides quaerens intellectum ») et le théologien n'est pas un observateur extérieur qui valide ou ne valide pas un texte, c'est quelqu'un qui entre d'abord dans le texte pour le comprendre l'assimiler, le developper, le présenter et en nourrir la foi et la pratique quotidienne de l'Eglise.

Un dogme de plus, fruit de la Tradition et du « sensus fidei » est une avancée de plus dans la liberté des croyants car il contribue à « révéler » le secret du « dessein de Dieu ».

Quant au « Magistère sacré » il est bien réducteur de le limiter à la personne du Pape mais c'est vrai que la notion de collège épiscopal successeur du collège apostolique fait aussi partie des « ouvertures de Vatican II »

La critique de Vatican II est le fait d'une idéologie qui refuse d'autre schéma que le sien pour parler de l'Eglise et de la Foi : c'est une démarche qui n'est pas acceptable et qui d'ailleurs a été balayée dans tous les votes sans exception dans l'assemblée conciliaire.

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Publié dans Vatican II

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