Lumen Gentium : dialogue avec Philippe (2)

Publié le par MICHEL


Cet article fait suite à :  A propos de "Lumen Gentium" et du "sensus fidei"



Philippe :


Je crois que ta réponse est passée à coté de mon commentaire.

Une lecture critique n'est pas nécessairement "polémique".
La mienne était d'ailleurs beaucoup plus détaillée que critique, et démontrait que Lumen Gentium n°12 s'inscrivait parfaitement dans la tradition de tous les conciles précédents : unicité de la foi dans l'unanimité du peuple sous l'autorité du "magistère sacré".

Par suite, seul ce "magistère" pouvant proclamer ce qui est unanime, il demeure le seul à pouvoir constater et homologuer ce qui semble se faire entendre de façon univoque parmi le peuple.
La vérité (de foi et de morale) étant ainsi proclamée, elle devient de jure une vérité commune à tout le peuple.

Cela ne diminue en rien l'importance spirituelle d'un concile oecuménique, mais cela la maintient sous la puissance du fameux "magistère sacré". Toi-même, tu te vois obligé de préciser pour les défendre, que les constitutions dogmatiques nées de Vatican II ont été "promulguées par l'Evêque de Rome" ! Le sceau de cette autorité s'impose donc à toi-même comme indispensable pour valider les oeuvres du concile.

Et pour cause : une constitution "dogmatique" ne saurait s'imposer sans le Pape qui est l'autorité infaillible en matière de dogme. Sans quoi, il y aurait conflit d'autorités dans l'Eglise. Vatican II n'a donc rien changé à cela, il n'a nullement remis en question le dogme de "l'infaillibilité du pontife romain" (Concile Vatican I).

Tout cela pour montrer que, semble-t-il, tu voudrais faire dire à Lumen Gentium ce qu'il ne dit pas : le "sensus fidei" ne rend pas le peuple de Dieu souverain ! encore moins le chrétien individuellement. C'est l'Eglise, dite "peuple de Dieu", qui est souveraine et infaillible, et le pape incarne son unité qu'il peut seul rendre visible donc accessible.
Un "intégriste" n'a donc pas à critiquer Vatican II sur cette question du "sensus fidei". Au contraire, sa papolâtrie y est bien confortée.

Voilà ce qu'une lecture détaillée ou "critique" permet de démontrer contre toute fausse interprétation idéologique. Et c'est bien là un travail "théologique", pas une entreprise de censure.
Au contraire, c'est celui qui "accueille" un texte avec un préjugé idéologique qui, à coup sûr, ne le lira pas vraiment. Tout travail ultérieur (assimilation, développement, présentation...) en sera nécessairement faussé.

Dans l'Eglise, ce genre de lecture est indispensable et en toute occasion. Tant il est évident que pour construire leurs oeuvres doctrinales, les conciles comme les papes choisissent des références traditionnelles tous azimuts (un morceau d'épître, d'évangile, une note de Tertullien par ci, de saint Thomas par là...) à la seule fin de légitimer, universaliser et vieillir leurs propos. Ces oeuvres ne tombent donc pas d'un ciel apostolique, ce sont des constructions humaines. Il appartient à chacun d'entre nous d'en examiner d'abord l'architecture, puis d'en apprécier la pertinence... avec l'assistance du Saint Esprit.


 

Michel


J'accepte parfaitement que "critique" ne soit pas "polémique" mais...

Quand je lis la constitution "Lumen Gentium", je ne vois nulle part la préoccupation de savoir qui est "souverain" (le Peuple ? le Pape ? le Catho de base ?) ou qui a le pouvoir ; la préoccupation du pouvoir est une préocupation humaine et on sait tous les dégâts que cause la course au pouvoir y compris dans la hiérarchie de l'Eglise.


Quand je lis "Lumen Gentium", je lis que l'Eglise se définit comme un "Peuple" qui a pour origine la Trinité elle-même, qui par le Christ sa pierre angulaire est "Sacrement de Salut" : en raccourcis j'écrirais bien volontiers : un "Peuple Sacrement de la Trinité et de son Dessein"...


Ensuite, ces réalités bien posées et sur lesquelles une immense réflexion devrait continuer de se faire, Lumen Gentium en vient à poser la question des charismes, ministères et services à l'intérieur du Peuple de Dieu : le collège épiscopal (collégialité et sacramentalité de l'épiscopat sont des points d'insistance très forts du texte) avec à sa tête l'Evêque de Rome a sa propre responsabilité dans la "gouvernance" et la "sanctification" du Peuple de Dieu ; les autres charismes sont également envisagés et notamment celui qui est propre aux laïcs...


Mais les laïcs comme tous les évêques y compris celui de Rome, sont ensemble le Peuple de Dieu et ils partagent la responsabilité du témoignage et de la mission de Salut qui vient en droite ligne de la Trinité elle-même...


Mes propos ne sont pas forcément les meilleurs possible, mais ils voudraient dire que l'approche d'un texte comme Lumen Gentium est d'abord une approche théologique et dans la foi : la réponse à des questions pratiques liées à l'organisation de tout groupe humain apparaît alors dans sa spécificité car l'Eglise reste une organisation extrêmement originale et toute tentative de vouloir l'assimiler à une organisation humaine se traduit par un échec : il y a des questions qui sont toujours des "flops" par rapport à l'Eglise : l'Eglise est elle une démocratie ? qui a le pouvoir dans l'Eglise...etc : toutes ces questions posées à partir de l'expérience et des idéologies humaines sont mal posées car elles ne sont pas posées de l'intérieur de l'Eglise et de son Mystère : un Peuple Sacrement du Dessein de la Trinité.




Le Concile Vatican II

Appel amical et préssant

qui convie l'humanité
à retrouver Dieu
par la voie de l'Amour fraternel

                                                                              Paul VI


Le 13 Novembre 1964, le Pape Paul VI a déposé sur l'autel la "tiare"
l'un des symboles de son "pouvoir" et ne l'a plus portée,
coiffant désormais la simple mitre des Evêques.
Cette tiare qui lui avait été offerte par le diocèse de Milan
dont il était l'archevêque au moment de son élection
a été vendue au profit des pauvres ;
elle est actuellement exposée à Washinton
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Publié dans Vatican II

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