Chant Grégorien III

Publié le par MICHEL

La situation du Chant Grégorien au Grand Séminaire en 1962
(Suite à l'article du 16/3)



La vie des grand séminaires en 1962 était bien proche de celle des monastères.

Le nôtre était tout neuf et ne regroupait que deux classes d'âge, les deux premières d'un cycle de 5 à 6 ans. A cette époque nous étions 80...

Deux fois par an, nous retrouvions pour une fête commune nos aînés : dans leur maison à eux on faisait un an de préparation avant l'armée (ou la coopération) puis, deux ou trois ans au retour de cette interruption..Pour ces deux fêtes, le 21 Novembre (présentation de la vierge) et le 7 mars (Saint Thomas) nous étions plus de 160 séminaristes.

Je me souviens de ce choc que fut pour moi l'entrée dans la liturgie du 21 Novembre dans une chapelle archi comble où 160 gosiers chantaient puissamment un « Salve sancta parens » qui couvrait largement l'orgue, faisait vibrer les vitraux et générait une émotion intense...Je n'avais jamais vécu quelquechose de semblable même chez les moines.

Dans la vie des semaines rythmée de façon très régulière par des temps d'étude, de prière, d'activités diverses, le chant avait une place importante et  c'est chaque jour que nous prenions le temps de nous initier et de nous exercer au chant Grégorien.

Quelques uns retenus pour leurs dispositions au chant avaient droit à une formation plus approfondie qui n'avait pas grand chose à envier aux choeurs monastiques eux-mêmes.

Le Dimanche, la liturgie était toute en latin et le chant Grégorien en était l'expression exclusive...

En semaine, chaque matin la messe était certes en latin mais les chants qui pouvaient y exprimer la prière ou la louange étaient le plus souvent en Français.

Un mouvement de "pastorale liturgique" était déjà en marche en France qui mettait à la disposition des communautés et des paroisses des compositions nouvelles dont les textes étaient de plus en plus proches de la Bible ou de la tradition Patristique et les musiques plus modernes...

Dans nos communautés, des tensions apparaissent alors entre ceux qui restent très attachés à la liturgie traditionnelle et le chant Grégorien, par goût, par discipline ou par conviction et ceux qui voient la possibilité de rendre la liturgie plus participative et comprehensive...
Nous pensions à nous certes, mais aussi aux églises et aux paroisses vers lesquelles nous allions et où, il faut bien admettre que le chant grégorien maintenu avec courage par certains Prêtres devenait bien malade !!

Personnellement, par goût et par formation j'étais très partisan du maintien du chant Grégorien à la toute première place...et dès la seconde année de séminaire, alors que je n'avais que 18 ans, la charge du chant dans la liturgie et de son animation m'a été confiée...par mes supérieurs, tâche qui alors allait bien dans le sens que je souhaitais : maintenir un bon niveau de qualité et la prééminence du chant Grégorien.

Bien rapidement, j'ai compris que nous allions vers des difficultés : la liturgie latine et le chant Grégorien du Dimanche devenaient un poids pour une partie d'entre nous et bien sûr nous avions connaissance de tout ce qui était composé et proposé alors par les nombreuses revues, sessions, disques, à côté des quels nous ne pouvions ne pas passer.

Bien vite, il est devenu évident que nous avions à notre disposition des possibilités nouvelles de prier et de célébrer par le chant ; c'est l'époque où Joseph Gélineau, Lucien Deiss et d'autres déjà cités mettent à la disposition des assemblées liturgiques des textes bibliques remarquablement mis en musique.

C'était pour nous une possibilité incontestable d'entrer de façon plus intelligente, plus consciente et plus participative dans la liturgie..

La Semaine Sainte de 1964, fut pour moi une période "déclic".
Pendant cette période la liturgie est très dense et pendant les trois jours du triduum (Jeudi, Vendredi et Samedi Saint) la journée commence aux aurores par l'office des ténèbres longue succession de psaumes et de lectures bibliques pendant laquelle nombreux étions nous à ne pas résister au sommeil...
Après avoir convaincu mes supérieurs et entendu l'apprehension de certains et le voeu de quelques autres de supprimer ses offices, nous avons monté ensemble une liturgie bariolée : ces longs offices étaient divisés en trois nocturnes divisés en trois phases.
Nous nous sommes mis d'accord pour que la première section soit chantée en grégorien, la seconde à base de psaumes de Gelineau en Français, la troisième en latin mais en polyphonie ; cela a demandé un gros travail que nous avons partagé.
Sur le plan de l'esthétique, peut être cet amalgame n'était pas un modèle d'harmonie, mais sur le plan de la participation et de l'engagement ce fut super, les latinistes grégorianistes heureux d'être reconnus ont joué le jeu des autres formes d'expression et réciproquement...

Ce fut  aussi une période forte et de qualité pour notre communauté malgré le nombre que nous étions et nos diversités.

Personnellement, c'est l'épisode qui m'a converti : je reste un fana du Grégorien pour lequel j'ai beaucoup travaillé et que j'ai la prétention de pas mal connaître, mais là n'est pas l'essentiel : le chant dans la liturgie doit permettre aux assemblées d'exprimer leur prière, de méditer la parole dans une langue compréhensible, dans un climat de beauté d'un certain niveau fruit d'un certain effort...et aujourd'hui en France, tous les outils existent pour arriver à cela (musiques, textes, sessions, etc..)

Peut être faudrait il avoir le courage de confier le Grégorien aux artistes et esthètes, le conserver comme un patrimoine sacré et l'utiliser ponctuellement dans des lieux et des moments exceptionnels : pour aussi vénérable qu'elle soit, cette forme d'expression dans la liturgie ne répond plus au besoin des assemblées d'aujourd'hui et il serait bien dommage que le Grégorien vienne voler le temps dont nos communautés ont besoin pour se former, témoigner et vivre leur mission.







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Publié dans Liturgie Musique

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