Le "Notre Père" Missionnaire de Matteo Ricci

Publié le par MICHEL



            Ci dessous, le "Notre Père" d'un missionnaire dont le travail
        de chaque jour est la "venue du règne"...


                   
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Eternel Dieu,
Nous te disons bonjour.
Que ton Nom soit sanctifié.
Tôt le matin,
avant de commencer notre travail,

Nous louons ta gloire.
Rends nos corps aussi frais
que les fleurs qui viennent d'éclore.
Ouvre nos yeux,
éclaire notre vision intérieure
comme le soleil remplace
les ténèbres de la nuit.

Délivre-nous de toute chaîne
Donne-nous des ailes de liberté
comme celles des oiseaux du ciel
pour commencer
une nouvelle étape.

Restaure justice et paix
tel un courant puissant
qui s'écoule à jamais

comme les jours suivent les jours.
Nous te remercions
pour le don de ce matin

et d'une nouvelle journée
pour travailler avec toi.   Amen.
Prière atribuée au Père Matteo Ricci



A propos de l'ouvrage de Paul Dreyfus
Matteo Ricci, l'homme qui voulait convertir la Chine
Paris, Éd. du Jubilé, 2004. - (14x21), 274 p., 17,00 €.
Esprit et Vie n°146 - mars 2006 - 2e quinzaine, p. 28-29.

À travers la personnalité de Matteo Ricci et l'analyse de sa méthode d'apostolat en Chine, Paul Dreyfus, dans cet ouvrage de lecture agréable, tente d'apporter des éléments de compréhension à la fondation de l'Église en Chine au xviie siècle et à la complexité de son existence aujourd'hui.

Rappelons que ce jésuite italien reprend, en 1582, la tentative de François-Xavier de pénétrer en Chine, ce dernier étant mort sur l'île de Sancian, en 1552, avant d'avoir pu réaliser son rêve. De Macao, ville portugaise, Matteo Ricci réussit grâce à son don des langues et ses connaissances scientifiques à recevoir l'autorisation de séjourner à Canton, en 1583. Commence alors son grand périple à travers le pays qui se terminera, en 1601, par le droit de séjourner à Pékin. Il y est reçu par l'empereur et obtient l'autorisation d'y installer une résidence et de construire une chapelle. Il meurt en 1610, laissant la porte de la Chine entrouverte au christianisme.

La place de Matteo Ricci dans la fondation de l'Église de Chine est essentielle. Paul Dreyfus l'attribue à sa méthode d'apostolat attentive à composer avec la culture chinoise et le pouvoir chinois qui considère la religion avant tout comme une affaire d'État. Le missionnaire jésuite préfère susciter par son exemple et ses connaissances scientifiques la curiosité et l'intérêt des lettrés, et les amener de leur propre volonté à approfondir la doctrine chrétienne plutôt que d'user de la tabula rasa. Paul Dreyfus cite en particulier les trois œuvres qui ont dérouté et désigné le missionnaire comme un sage venu d'Occident, son dessin d'une carte du monde, ses traductions en chinois des Éléments d'Euclide, et enfin la rédaction d'un ouvrage, Le vrai sens de la doctrine du Seigneur du ciel, où il développe l'idée d'un « Dieu unique, personnel et créateur ».

Le grand sage s'éteint à cinquante-huit ans et, par volonté de l'empereur, est enterré dans un temple chinois extra muros, qui a pour nom chala, escorté par une garde imposante, avec tambours et trompettes. D'autres jésuites y seront par la suite inhumés, dont Adam Schall, directeur de l'Observatoire de Pékin, et Verbiest, autre scientifique qui sera président du Bureau des mathématiques.

Ce choix délibéré de Matteo Ricci de prendre le temps de faire accepter le christianisme par les Chinois plutôt que l'imposer et d'autoriser le maintien des rites chinois au cours des cérémonies, peut paraître dans la première moitié du xviie siècle la solution sage comparée à l'anéantissement de l'Église japonaise à partir de 1630. En effet, à la suite de la mission de François-Xavier, l'Église japonaise s'était développée très rapidement. On comptait à la fin du xvie siècle presque un demi-million de fidèles et plus d'une centaine de jésuites. Mais le retour de l'autorité politique de l'empereur japonais, hostile aux influences venues de l'étranger, et les conflits entre les ordres religieux plus ou moins ouverts à la culture japonaise avaient précipité la fermeture du pays à tout étranger. Le christianisme n'avait cessé d'être considérée comme la religion de l'étranger.

Aussi, le choix des missionnaires jésuites, en Chine, de poursuivre l'expansion du christianisme par les méthodes de Ricci s'appuyait avant tout sur ce désastre japonais et trouvait un appui auprès du pape Paul V, en 1615. Cependant, l'arrivée des franciscains et dominicains remettait en cause une nouvelle fois cette méthode d'inculturation, considérée en Occident comme racine de schisme futur. En 1715, la condamnation des rites chinois par Rome, considérés comme religieux et non civils, porte le coup d'arrêt à l'expansion du christianisme en Chine, condamnation qui sera seulement abolie le 4 décembre 1939, par Pie XII.

Ainsi l'Église de Chine, qui continuera à survivre malgré les persécutions et grâce à l'héroïsme des prédicateurs clandestins, garde, jusqu'au xxe siècle, ce problème d'identification au sein de la société chinoise. Sous Mao, l'Église de Chine se divise en deux communautés, l'une défendant la fidélité à Rome et devenant l'Église clandestine considérée comme aux ordres de l'étranger, traquée et martyrisée, et l'autre reconnaissant le pouvoir communiste devenant l'Église « patriotique » séparée de Rome, subissant néanmoins la répression politique. Il faut attendre la fin du siècle pour voir se multiplier les tentatives de réconciliation des deux communautés, abordées dans les derniers chapitres de l'ouvrage, tentatives soutenues très fortement par le pape Jean-Paul II, désireux de poursuivre l'œuvre de Matteo Ricci, reconnu encore aujourd'hui par les intellectuels et chercheurs chinois comme le premier grand médiateur entre la Chine et la culture occidentale.



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