François d'Assise : Notre Père
Une méditation posée, de chaque expression de la ”prière du Seigneur” peut être fort utile, comme prière universelle qui unit tous les chrétiens.
Mais cette prière va servir de guide au séraphique Père, qui, avec les premiers frères que le Seigneur lui donne a fait du Notre Père l’expression permanente de sa piété. Mus par le feu de l’Esprit Saint, ils chantaient le notre Père, à partir d’une mélodie religieuse adaptée, et cela, non seulement aux temps prescrits des heures canoniales, mais à n’importe quelle heure du jour” (1C 47).
François alimentait sa contemplation avec chacune des demandes; la paraphrase qui arriva jusqu’à nous est sans aucun doute le fruit de cette contemplation (cf. Pat p.77).
Notre Père, qui êtes aux cieux.
La première parole est la plus importante:
Notre Père.
Jésus, comme premier né d’une multitude de frères (Rm 8, 29), s’unit à nous en communion d’amour avec le Père. Il est facile de comprendre l’émotion du jeune François quand, répudié par son père de la terre, il s’exclama: “Désormais je pourrai dire à pleine bouche: Notre Père qui es aux cieux!” (2C 12).
Dans les cieux.
L’âme du Petit Pauvre déborde de bonheur, se transportant en désir jusqu’à sa demeure céleste,resplendissant de la Gloire de Dieu, demeure dont nous sommes tous appelés à devenir les citoyens: “Qui es aux cieux, dans les anges et dans les saints, les illuminant pour la connaissance, car toi, Seigneur, tu es lumière; les enflammant d’amour, car toi Seigneur, tu es amour; habitant en eux, et les comblant de béatitude, car toi, Seigneur, tu es souverain bien, bien éternel, de qui vient tout bien, sans qui n’est nul bien...”.
Après l’invocation du Père, suivent les demandes, distribuées en deux plans, une référence à la gloire de Dieu et à son dessein de salut et l’autre projetée sur l’existence humaine, ici sur la terre.Une prière convenablement ordonnée ne place pas au premier plan la personne qui prie, ses intérêts, ses nécessités ou ses craintes...; elle pense avant tout à Dieu et à son dessein d’amour. Mais sachant qu’il nous aime comme Père et les yeux fixés sur nous, il est juste qu’en un second temps, nous lui exprimions notre pleine confiance.
"Que ton nom soit sanctifié".
Dans la terminologie biblique, le nom de Dieu correspond à tout ce qui, pour les hommes, est l’être de Dieu. Ce qui se demande ici, c’est que Dieu soit connu, célébré, respecté, loué...
Le Fils de Dieu s’est fait homme avant tout pour glorifier le Père et pour cela il peut dire, à la fin de sa vie terrestre: "Je t’ai glorifié sur la terre... je t’ai offert à la connaissance de ceux que tu m’as confiés...(Jn 17,5,s).La mission fondamentale que François recommande aux frères mineurs est d’aller par le monde comme témoins et prêcheurs du nom de Dieu (LOrd 8s). Dans la paraphrase se reflète sa propre expérience contemplative de cette connaissance contemplative du mystère de Dieu en toutes ses dimensions, évoquant un texte de Saint Paul (Ep 3,18):
“Que la connaissance de toi devienne plus claire en nous, pour que nous connaissions quelle est la largesse de tes bienfaits, la grandeur de tes promesses, la hauteur de ta majesté, la profondeur de tes jugements”
“Vienne à nous ton règne”:
Dans la perspective de Jésus, coïncidant avec la perspective du Père, les intérêts de Dieu se concentrent sur l’établissement de son Règne. Il y avait déjà beaucoup de siècles que le peuple d’Israël attendait la venue du règne de Dieu, terme de l’espérance messianique.
La mission de Jésus était d’annoncer la venue de ce règne et ouvrir aux hommes les portes de celui-ci. Le règne inauguré par Jésus était très différent de celui que le peuple attendait.
Ce règne est déjà présent: Il est ferment destiné à faire lever la masse, le grain de moutarde qui va se transformer en arbre.
Ce règne en germe est accueilli par un petit nombre d’élus (Lc 12, 32). Il se manifeste à l’origine dans la personne du Christ, et plus tard, il se manifestera à travers son Église, dont la mission fondamentale est également de la manifester et de l’instaurer par toute la terre. Sa consommation sera dans la Jérusalem céleste.Jésus nous enseigne à prier pour l’instauration rapide du Règne en chaque personne, par la sainteté de la vie, et dans le monde entier comme ferment de conversion et d’ouverture à l’amour. François contemple ce Règne déjà réalisé personnellement en chaque âme en grâce, et comme objet d’espérance dans la possession éternelle du souverain Bien:
“Vienne à nous ton Règne: De manière à régner en nous par la grâce, à nous entraîner à entrer dans ton règne, où la vision de Toi est claire, l’amour pour Toi est parfait, ta compagnie est bonheur, et là nous t’aimerons pour toujours”.
"Que soit faite ta volonté sur la terre comme au ciel.
Le Règne du Père, dans la réalité, s’identifie avec le dessein du Père, sous l’impulsion du Père, pourque cette sainte volonté du Père se réalise sur la terre, comme elle se réalise au ciel. La volonté du Père est son aliment "(Jn 4,34).
Dans la contemplation de François, la volonté de Dieu se réduit au précepte suprême de l’amour de Dieu et du prochain. En effet, comme l’enseigne Saint Paul, l’amour est l’accomplissement complet de la loi (Rm 10, 13).
“Pour que nous t’aimions de tout notre cœur, pensant toujours à toi, toujours te désirant de toute notre âme; avec tout notre esprit, dirigeant vers toi toutes nos intentions et ne cherchant que ta gloire; et de toutes nos forces, employant les forces et puissances du corps et de l’âme au seul service de ton amour. Et pour aimer notre prochain comme nous même, attirant tout, dans la mesure du possible à ton amour...”
Notre pain de tous les jours, donne le nous aujourd’hui.
Dans la deuxième partie du Notre Père, Jésus nous enseigne à demander l’aide divine en relation à trois nécessités vitales, mais importantes pour la personne humaine:
- les moyens de subsistance,
- la paix avec Dieu et les autres,
- la lutte contre le mal.
En demandant le pain, nous demandons tout ce qui est nécessaire pour mener une vie digne: aliments, vêtements, habitation, travail, santé, dignité de la personne....
François, pauvre volontaire qui livra entre les mains de l’amour providentiel du Père le souci des choses temporelles, pense surtout au Pain de vie: à la personne de Jésus, à sa doctrine, à sa passion, à l’aliment eucharistique:
“Notre pain de chaque jour, ton Fils bien aimé, Notre Seigneur Jésus Christ, donne-le-nous aujourd’hui, en mémoire et intelligence et révérence de l’amour qu’il a eu pour nous, et de ce que, pour nous, il a dit, fait et supporté”
C’est aussi l’intention insinuée par la liturgie au début du rite de la communion avec la récitation du Notre Père.
"Pardonne nos offenses,
comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés".
La paix avec Dieu suppose, non seulement l’absence d’inimitié ou de crainte, mais aussi une communion d’amour. Après notre péché, l’amour de Dieu se manifeste par le pardon. Nous avons toujours besoin d’être pardonnés: Si nous disons que nous n’avons pas quelque péché, nous nous trompons nous-mêmes et nous manquons à la vérité... Mais nous avons quelqu’un qui nous défend près du Père: Jésus Christ, le Juste. Il donna sa vie pour que nos péchés soient pardonnés (1 Jn 1, 8; 2, 1s).
François a vécu la joie et la paix de se sentir pardonné par Dieu et ainsi, il prie confiant:
"Pardonne-nous nos offenses: Par ton ineffable miséricorde, en vertu de la Passion de ton Fils très aimé, notre Seigneur Jésus Christ, et par les mérites et l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie et de tous les saints”.
De même forme que la paix avec Dieu, le compagnonnage pacifique dans la communauté humaine serait impossible sans la dynamique évangélique du pardon mutuel.
Nous ne pouvons prétendre au pardon de Dieu, si nous mêmes ne pardonnons pas; ce serait comme attacher les mains du Père des miséricordes.
Ce fut là une idée répétée par Jésus sous différentes formes. Ce que Dieu a à me pardonner sera toujours plus que ce que j’ai à pardonner à mon frère. On lira ici à ce propos la parabole du serviteur impitoyable (Mt 18,34).Mais il peut y avoir des cas dans lesquels soit nécessaire une grâce spéciale de Dieu pour pouvoir pardonner. François n’ignore pas la résistance du cœur humain à oublier et à rendre mal contre mal, aussi supplie-il sur un ton trés humble:
“Et ce que nous ne remettons pas pleinement, toi, Seigneur fais que nous le remettions pleinement pour que nous aimions vraiment nos ennemis à cause de toi et que nous intercédions dévotement pour eux auprès de toi, ne rendant à personne le mal pour le mal, et qu’en toi nous nous appliquions à être utiles en toutes choses.”
Ne nous laisse pas succomber à la tentation,
mais délivre nous du mal.
L’homme est au centre du champ de bataille entre la lumière et les ténèbres, les tendances animales (chair) et la force pour les surmonter (esprit), entre le bien et le mal. Et c’est dans ce combat quotidien que lui est offert le salut qui vient de Dieu.Il n’est pas toujours facile de maintenir la liberté du choix dans cette lutte continue, spécialement quand survient la tentation, “occulte ou manifeste, subite ou opiniâtre”, comme l’exprime François. Mais ce serait trop commode de chercher hors de nous les causes de nos difficultés ou de nos faiblesses. Dans sa 10 me Admonition, François nous met en garde, d’une façon très sensée, contre cette tentation :
“Beaucoup, quand ils pèchent ou sont victimes de quelque offense, attribuent facilement la faute à un ennemi extérieur, comme le démon ou le prochain. Mais cela n’est pas exact, en effet chacun a en son pouvoir l’ennemi, je veux dire le corps avec lequel il pèche”.
Il est plus évangélique et plus juste, de fait, d’assumer sa propre responsabilité devant Dieu, et avec l’aide de la grâce, de faire front à ses propres tendances vicieuses, dans un effort courageux de progressive purification.
Avec courage, oui, mais sans présumer de sa propre capacité, en effet et en définitive, seul Dieu est celui qui nous délivre de tout mal, “passé, présent et futur”, comme le demande François en terminant cette paraphrase du notre-Père.
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resplendissant de la Gloire de Dieu, demeure dont nous sommes tous appelés à devenir les citoyens: “Qui es aux cieux, dans les anges et dans les saints, les illuminant pour la connaissance, car toi, Seigneur, tu es lumière; les enflammant d’amour, car toi Seigneur, tu es amour; habitant en eux, et les comblant de béatitude, car toi, Seigneur, tu es souverain bien, bien éternel, de qui vient tout bien, sans qui n’est nul bien...”.
Dans la perspective de Jésus, coïncidant avec la perspective du Père, les intérêts de Dieu se concentrent sur l’établissement de son Règne. Il y avait déjà beaucoup de siècles que le peuple d’Israël attendait la venue du règne de Dieu, terme de l’espérance messianique.
que cette sainte volonté du Père se réalise sur la terre, comme elle se réalise au ciel. La volonté du Père est son aliment "(Jn 4,34).