Apôtres, Prophètes et Politique (2)

Publié le par MICHEL

Cet articlez prolonge celui du 26 Novembre dernier :
voir :
Apôtres Prophètes et Politique

"L’Eglise a besoin de chrétiens laïcs investis dans la société. Mais là « où ils sont plus que tout nécessaires», c’est en politique a expliqué Benoît XVI ce week-end devant le conseil pontifical pour les laïcs. Ce n’est pas la première fois. « Le rôle des laïcs dans l'ordre temporel, et spécialement en politique est un rôle « clé » pour l'évangélisation de la société », avait dit le pape devant les évêques du Paraguay. Ou encore, en Sardaigne, il soulignait combien « la politique a besoin d’une nouvelle génération de chrétiens laïcs, capables de rechercher des solutions de développement avec compétence et rigueur morale ".

(voir : Blog de "La Croix" : "Vu de Rome")

Depuis, m'a été envoyé ce texte de Jacques Noyer évêque émérite d'Amiens qui éclaire et prolonge la réflexion : y a-t-il assez de chrétiens en politique ?


Le chrétien, trop ou pas assez politique ?    par Jacques Noyer*

"Devant le Conseil Pontifical pour les Laïcs, il y a quelques jours, Benoît XVI, une fois de plus,
a fait l'éloge de l'engagement politique.
On ne peut que s'en réjouir.
Il est bon d'entendre cet appel à regarder la vie réelle des hommes.

On ne sait trop qu'une charité limitée aux relations courtes du voisinage
glisse vite dans l'ambiguïté des bons sentiments.
Si elle ne s'inscrit pas dans un droit, des lois et des institutions politiques,
la charité peut devenir complice,
consciente ou inconsciente,
de toutes les injustices.
La politique peut être ainsi appelée la forme suprême de la charité
si elle est vraiment
la défense du Bien Commun,
la promotion de la Paix,
la garantie du respect de chacun
et l'abolition des injustices.
L'Église n'est pas assez politique.

Pourtant les Semaines Sociales de Lyon ont évoqué très justement l'autre problème.
Le poids politique des religions a été et est encore bien lourd.
On ne peut oublier comment les religions ont eu l'ambition
d'imposer leur vision du monde aux sociétés qu'elles dominaient.
La Chrétienté n'est pas si loin.
L'Église Catholique est toujours soupçonnée de n'avoir pas renoncé
à imposer à tous ses lois, ses vérités et ses valeurs.
Il reste difficile de ne pas l'identifier à un projet politique
qu'elle justifie par une « expertise en humanité » dont on ne sait pas bien la source.
L'Église est trop politique.


Cette opposition apparente,
entre un trop ou un pas assez de politique,
est trompeuse. 


Car ce n'est pas sur tous les sujets que l'Église s'exprime avec rigueur.
Elle est beaucoup moins précise
sur les problèmes du pouvoir ou de la finance
que sur les problèmes de la sexualité et de la vie.
Comme on l'a vu dans les élections américaines,
on pourrait croire qu'un catholique ne s'intéresse
qu'à l'avortement, à l'homosexualité et à l'euthanasie.
Sur la finance, l'économie, la protection sociale
et toutes les autres questions « secondaires »,
il pense comme tout le monde.


J'ai pu voir, à leur dernière Assemblée de Lourdes,
l'effort des évêques français pour trouver une juste attitude de dialogue
dans le débat qui va s'ouvrir sur la bioéthique.
Je sais aussi qu'ils déplorent que leurs paroles
sur la crise financière ou les problèmes économiques par exemple
trouvent si peu d'échos dans l'opinion.
La suffisance de ses jugements dans certains domaines
explique sans doute qu'on l'écoute si peu ailleurs.
Le trop de politique ici explique le pas assez de là.


C'est pourquoi,
je regrette que le pape dans son plaidoyer pour la politique
ait dit qu'elle était la clé pour l'évangélisation de la société.
Que veut dire former des jeunes chrétiens pour la politique ?
On peut par une utilisation du politique au service de la foi
justifier toutes les manœuvres dont on accuse,
à tort ou à raison,
des mouvements comme l'Opus Dei.


Qu'un citoyen s'engage dans la politique comme dans un champ où il pourra servir les hommes tout en enracinant son action dans l'Amour de Dieu révélé en Jésus, très bien !
....Il n'y a pas assez de chrétiens dans la politique !

Qu'un chrétien s'engage dans la politique pour défendre les positions et les intérêts de son Église, voilà l'intolérable, même si, en toute bonne foi, il est persuadé ainsi servir Dieu et sauver le monde.
....Il y a trop de chrétiens dans la politique !


*Évêque émérite d'Amiens

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Publié dans Traits Politiques

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P
Oh ! quel discours terrible !Qui va jusqu'à douter de l'Eglise (catholique) son "expertise en humanité".Comment concilier ce doute avec le Crédo : je crois en l'Eglise... ?<br /> Je pense aussi qu'il faut mettre notre foi au service du politique, et non l'inverse ! Mais notre foi ne doit-elle point essayer de s'accorder avec celle de notre Eglise ? Comment oser dire qu'en "défendre les positions et les intérêts" est nécessairement "intolérable" ? Sauf à laisser croire que qu'il y a entre l'Eglise et la société un irréductible et imprescriptible conflit d'intérêts...Est-ce la vérité ?Prenons un exemple : l'avortement. Il y a entre l'Eglise et la société conflit sur ce point. Mais quel intérêt la condamnation de l'avortement présente-t-elle pour l'Eglise ?Même chose s'agissant du divorce : que gagne-t-elle à se mettre à dos les divorcés-remariés qu'elle excommunie ? Et toute la société qui majoritairement les soutient ?Voilà, me semble-t-il, quelles sont les vraies questions liminaires.A la vérité, s'il existe des disciplines religieuses et ecclésiastiques librement consenties, l'Eglise exhorte aussi les laiques à suivre une discipline et à faire transcrire celle-ci dans leurs propres lois. Là est la condition d'une véritable Chrétienté.Mais cette Chrétienté est derrière nous, et ne semble pas devant. Ses militants (miliciens ?) sont invités au martyre, dans les urnes tout au moins. Mais l'Eglise ne reconnait-elle point au martyre une fécondité spirituelle ? et donc une force d'évangélisation ?
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M
<br /> Prenons un autre exemple ; la théologie de la Libération ! Il y a conflit entre l'Eglise et la société sur ce point ! Mais quel intérêt la condamnation des théologiens de la Libération<br /> représente-t-elle pour l'Eglise ? Peut être simplement cela la dispense t elle de se remettre en question elle-même ce qui n'est évidemment pas le cas de la question de l'avortement ! Il serait bon<br /> que l'Eglise, je veux dire la structure hiérarchique qui a tendance à se dire « exclusivement » Eglise commence par elle même quant à juste titre elle se sent la mission d'exhorter à<br /> suivre une discipline ! La Chrétienté qui est derrière nous est forcément d'un autre âge.. Je suis d'accord avec toi, à nous la responsabilité de construire une autre Chrétienté et sur d'autres<br /> bases : tu évoques à juste titre la fécondité du martyre ! Mais martyre réservé aux autres et pour une pure et simple restauration du passé ? Non merci, pas vraiment !<br /> <br /> <br />