l'Eucharistie...sans frou-frou ni dentelles !

Publié le par MICHEL


Suite à une de mes interventions dans un forum, je reçois ce message de M.Claude Bouret accompagné d'un texte qui est un apport d'air frais régénérateur au milieu des discussions et polémiques à propos du rite de la Messe

"Je viens de lire vos interventions sur le forum de Golias ainsi que les commentaires qui ont été provoqués par certaines définitions de la foi, et en particulier ce qu'il est convenu d'appeler "l'Eucharistie".
Je suis particulièrement affligé des réactions de ceux qui pensent se réfugier dans ce qu'ils appellent à tort la Tradition qu'ils confondent avec les regrets d'un soit-disant ancien temps qui pour trop de gens est synonyme d'un bonheur perdu, hélas.
C'est pourquoi je me permets de vous adresser ci-joint un texte que j'ai récupéré il y a deux ou trois ans et auquel j'adhère de toutes ma foi dans l'Église de Jésus-Christ. Je m'excuse pour la longueur de ce texte mais il dit bien des choses qu'il faudrait faire connaitre ou rappeler à tous les baptisés."
 
Bien cordialement,
Claude BOURET,

Je ne peux que recommander la lecture complète de ce texte que l'on trouvera dans son intégralité par le lien suivant :

voir : l'Eucharistie, mémorial du dernier repas de Jésus

Ci-dessous : quelques extraits


L’eucharistie, mémorial du dernier repas de Jésus


J’aime parler du « mémorial » du dernier repas de Jésus.
Je parle toujours du repas sacré en termes de mémorial.
Mais pour faire mémoire de quelqu’un, il faut d’abord connaître ce quelqu’un.
Or, on a célébré la messe pendant des siècles
sans trop s’informer sur le personnage qui est à l’origine de cet événement.
(C’est extraordinaire comme on peut faire le rituel en faisant peu mémoire de lui.
Quand on essaie de renouveler, de rajeunir, de régénérer l’Eucharistie,
on devrait commencer par faire de l’évangélisation.
On devrait commencer par connaître le personnage Jésus.)
Qu’est-ce qui a amené Jésus à célébrer ce repas, de cette manière, avec ses disciples ?
A-t-il, à ce moment-là, inventé un rituel nouveau ?
Et s’il n’a rien inventé de nouveau, a-t-il voulu conférer une valeur nouvelle à un rituel existant ?
Puisque ce rituel a traversé deux mille ans d’histoire (sous diverses formes il est vrai),
il a dû se passer quelque chose d’important
pour que l’événement ait eu un tel impact sur son passage, et nous revienne encore aujourd’hui.
Pour bien saisir les ancrages du mémorial,
il faut se dire qu’il y a eu un avant; puis il y a eu le rituel (nous allons nous concentrer sur ce point);
et il y a eu, après,
quelque chose qui a propulsé cet événement dans l’histoire.

Jésus avant la Cène
On dénature le rituel de la Cène
si on ne le rattache pas à la personne, aux idéaux, aux options, bref à la vie de Jésus.
Lorsque Jésus monte à Jérusalem pour célébrer la Pâque,
il ne s’en vient pas instituer un rite nouveau,
mais célébrer la Pâque avec son groupe de disciples.
Jésus n’est pas naïf, il sait ce qui l’attend,
parce que, tout au long de sa mission,
par ses attitudes, ses choix, ses idéaux,
il a contesté la tradition, la loi, les autorités religieuses du temps.
Jérusalem, siège du Temple, est l’étape ultime.
Si Jésus veut faire passer son message,
il doit aller jusqu’au bout,
au cœur de la communauté juive.
Jésus a contesté parce qu’il avait une image de Dieu.
Pour être fidèle à cette vision, la mener à terme,
il devait entrer en opposition avec ceux qui, selon lui, avaient dévisagé Dieu.
Faire advenir la vision de Dieu sur l’humanité

Comment Jésus conteste-t-il ? Il met en pratique de façon intégrale ce qu’il trouve dans la Genèse : Dieu a créé l’homme et la femme égaux, à son image et à sa ressemblance. Avoir cela en tête, bien gravé, change la vision de l’humanité. La promotion de la dignité humaine va préoccuper Jésus constamment. Sa vision de Dieu passe par un engagement envers la race humaine. Elle explique sa conduite face aux marginaux, aux laissés pour compte, aux femmes. ...

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Au risque de sa vie

Jésus ne peut pas continuer son chemin sans se faire exécuter, parce qu’il entre en conflit avec des autorités habituées à diriger par la répression et la coercition, à garder les gens dans le rang. Jésus conteste la Loi. Il n’y a pas de dichotomie entre loi civile et loi religieuse à l’époque; la Loi est partout, elle est le moteur de la vie du peuple. Jésus dit aux gens de lever la tête, de se servir de leur jugement. Rien n’est plus dangereux qu’un peuple qui décide d’être libre et de prendre sa destinée en charge.


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Le dernier repas

Jésus s’apprête à célébrer le repas pascal avec les siens, donc à répéter un rite on ne peut plus connu chez les juifs de l’époque, qui rappelle leur délivrance d’Égypte. Ce qui rend ce repas différent ce soir-là, c’est que Jésus sait qu’il va mourir, et il veut s’assurer que les disciples poursuivront son œuvre. Que veut-il faire ?

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Le corps

Nous avons ramené l’idée de corps à la chair humaine, à la chair qui va se décomposer. Dans le monde sémitique, cette dichotomie corps et âme n’existe pas. Le corps, c’est l’être humain en relation. C’est l’entité personnelle qui se distingue des autres. C’est une entité autonome, mais nécessairement de relation, qui fait référence, oui, aux traits physiques de la personne, à ses traits psychologiques aussi, à son unité, à son intelligence, à ses talents, à ses qualités, à ses défauts, à tout ce qu’elle est.

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Ceci est mon corps

« Acceptez-vous de partager ce pain ? Si oui, vous acceptez de prolonger ma personne, de prolonger ce qui m’a fait, mes choix, mes options, ma mission. Vous prenez à votre charge de mener à bien ce que j’ai commencé à faire », et cela, bien sûr, dans un éternel recommencement. Je pense que c’est cela que Jésus voulait dire à ses disciples, et non pas : « Voici, veuillez m’adorer s’il vous plaît ». Non.

« Si vous partagez cela, vous partagez mon destin. Vous souscrivez à ce que j’ai défendu jusqu’ici, au visage de Dieu que j’ai présenté, au type de relations humaines que j’ai voulu implanter parmi nous. » 
Je soupçonne que les disciples, à ce moment-là, n’ont pas saisi dix pour cent de ce qu’ils vont saisir après.

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Le sang et le vin

....... le sang, c’est le véhicule de la vie, et comme toute vie vient de Dieu, toute vie est sacrée. Il n’est pas étonnant qu’on interdise la consommation du sang, qui est sacré. Si le sang, c’est la vie, prendre la coupe et dire « voici, c’est mon sang » ne relève pas du cannibalisme. Cela signifie : « C’est ma vie. Voulez-vous communier à ma vie ? ».

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L’après

Jésus dit néanmoins : « Vous ferez cela en mémoire de moi. Vous répéterez ce qui s’est passé ici. » Je pense qu’ils ne l’auraient pas fait s’il n’y avait pas eu résurrection. Car, au premier geste de menace, les disciples vont disparaître les uns après les autres et abandonner Jésus dans la plus terrible situation.
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La mort de Jésus n’a de sens que dans sa résurrection. On ne peut pas les séparer. Ce n’est pas la mort qui sauve, c’est le mystère pascal qui nous fait trouver la voie du salut à travers la mort et la résurrection.


Dieu se reconnaît en Jésus

Advient la résurrection.
Dieu a donné raison à Jésus, Dieu se reconnaît dans tout ce qu’il a fait, dans toutes ses options, dans tout ce qu’il a voulu promouvoir, dans les types de relations qu’il a eus. Il n’y a rien de scandaleux dans le fait qu’il se soit tenu avec des femmes, des étrangers, des païens, des pécheurs. Et si Dieu a donné raison à Jésus on ne peut faire autrement que de marcher à la suite de Jésus pour faire vivre ses options. Leur engagement va s’inscrire dans le prolongement de ce qu’il a essayé de leur donner.

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Faire mémoire : faire advenir

Quand les disciples se réunissent, ils se rappellent ce que signifie faire mémoire de lui. Ils comprennent qu’il n’y a pas plus belle occasion de reprendre le flambeau. Comment se rappeler Jésus, sinon en se rappelant ce dernier soir où il a partagé le pain et dit : « C’est moi, c’est ma personne. » Où il a pris le vin et dit : « C’est mon sang, c’est ma vie ». C’est le lieu de rassemblement par excellence, où on se redit qui a été Jésus, et c’est le lieu où on se redit ce qu’on veut faire pour perpétuer sa mission. Faire mémoire, cela ne se résume pas à se rappeler passivement, c’est faire advenir ce qui est derrière cette mémoire. C’est faire vivre. Le lieu de mémorial devient un lieu d’engagement.


Agir maintenant

Le mot Eucharistie, pour moi, ne représente pas cela, parce que le mot Eucharistie fait référence à l’action de grâce. Je pense qu’on devrait parler plutôt de mémorial du dernier repas de Jésus qui devient un lieu d’engagement. Si on croit qu’il en est ainsi, les implications sont grandes, et elles sont graves. On s’en tire à bon marché si on se retranche dans l’adoration : adorer, on peut faire ça en moins d’une heure, et on est quitte jusqu’à la semaine prochaine, ce n’est pas trop engageant. Mais si, chaque fois qu’on vient partager le pain et le vin, on repense : oui, qu’est-ce qu’il a voulu, et comment est-ce que je peux assumer ses engagements dans mon petit milieu, dans mon entourage, dans ma vie professionnelle, dans ma vie familiale, dans ma vie nationale, c’est plus exigeant. La question qui préoccupe le plus les communautés chrétiennes est celle du sacerdoce (des femmes, des hommes mariés). Or, on est même en train de bloquer l’accès du sacerdoce aux homosexuels, ça devient aberrant. Mais si on revient à l’origine, si on revient à la nature de ce qu’a été le dernier repas de Jésus, ces types de questions sont réglés, elles n’ont plus de sens. Bien sûr, n’importe qui ne peut pas présider, les célébrations ne peuvent pas se dérouler n’importe comment. Il y a la question des ministères, j’y crois, la question des charismes, j’y crois. On ne s’improvise pas président d’assemblée. Mais qui peut empêcher un homme ou une femme de bonne foi, qui a le charisme pour le faire… Qui peut m’empêcher, moi, si, au cœur de mon engagement, j’ai le goût de me rassembler avec des gens d’une communauté, et que je veux faire mémoire du dernier repas du Christ, parce que je veux me rappeler exactement ce qu’il a fait, et alimenter, régénérer mes engagements, qui peut m’empêcher de le faire ? Qui dit qu’il faut une personne spécialisée ou ordonnée pour le faire ? Je pense que ce fut le cas au cours des siècles, mais nous sommes parvenus à une autre étape. L’heure n’est plus à se demander si on doit le faire. Si on veut une communauté, si on veut continuer à prolonger la mission de Jésus parmi nous, eh bien il faut prendre des initiatives. Il faut faire ce qu’il y a à faire.


Odette Mainville est professeure en exégèse du Nouveau Testament à la faculté de théologie et de science des religions de l’Université de Montréal.



FAITES CECI EN MEMOIRE DE MOI !
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Publié dans Prière...Culte...

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