Naissance d'une Espérance..!
Ce blog a déjà publié sous le titre "Le contre manifeste du Cardinal Martini" (lien)
une invitation à lire l'entretien du cardinal édité par les éditions Golias (n°115 Juillet Aout 2007) dont on trouvera dans cet article et les suivants de larges extraits publiés avec l'autorisation et les encouragements de Golias.
Pour couper court et ne réveiller aucune polémique inutile, je précise que je n'appartiens ni de près ni de loin à Golias dont je n'aprouve pas forcément tous les faits gestes et écrits...Mais je participe profondément et de plus en plus activement au mouvement de "révolte" ou de "résistance" qui anime de plus en plus de chrétiens qui se retrouvent facilement dans l'aproche actuelle de Golias qui ne manque ni de Foi ni de Courage...
L'autre voie du cardinal Martini :
ouverture d'une brèche
En ces temps de restauration conservatrice, beaucoup de catholiques se demandent où ils pourront bien entendre de la part d'un membre éminent de la hiérarchie une parole moins cassante, plus souple, plus éclairée.
Lors de leur débat récent, le Professeur Ignazio Marino(1) et le cardinal Carlo Maria Martini, archevêque émérite de Milan(2), ouvrent peut-être une brèche et font naître l'espérance.
Le cardinal jésuite n'est plus à présenter. Il propose largement des réflexions de très haut niveau intellectuel sur les questions essentielles. Il vient encore récemment de rappeler en pleine actualité du "Motu Proprio" qu'il ne célébrera pas la messe selon l'ancien missel. Il considère en effet que «Vatican Il a accompli un pas en avant pour une vie chrétienne plus ouverte et plus humaine», et qu'il est pour lui hors de question de revenir en arrière.
Aussi, dans un esprit de fidélité évangélique et d'humble attention aux recherches scientifiques, celui qui fut longtemps un papabile très crédible nous laisse deviner avec nostalgie le tournant que l'Eglise aurait pu prendre avec un tel Pape à sa tête.
Rappelons que l' « Espresso » qui est un peu l'équivalent italien du « Nouvel Observateur » avait publié il y a un an, le 21 avril 2006, un long débat qui était apparu comme un contre-manifeste par rapport à la ligne ecclésiale de Benoît XVI.
Alors qu'en Italie le débat faisait rage au sujet de la bioéthique et que le Pape et son fidèle ami le cardinal Camillo Ruini opposaient un front d'intransigeance absolue, Carlo Mario Martini entendait faire œuvre de discernement et de réflexion au-delà des prises de position trop tranchées des uns ou des autres.
D'emblée, le cardinal jésuite demande à l'Eglise de ne plus refuser systématiquement la fécondation artificielle. Il souhaite que l'on n'impose plus comme des dogmes immuables et définitifs des avis discutables. Ainsi, sur le commencement de la vie humaine. Dans une phase qui succède immédiatement à la fécondation il semble que n'apparaisse encore aucun signe de vie humaine définissable individuellement. Si cela est le cas, on ne saurait parler d'un embryon au sens vrai et propre du terme. L'intransigeance absolue opposée à toute manipulation semble alors perdre son fondement.
Sur d'autres questions également, Mgr Martini recommande une approche plus prudente et moins exclusive. Ainsi, sur l'utilisation du préservatif pour les époux dont l'un souffre du Sida, et plus généralement dans toute relation sexuelle à titre prophylactique.
Au sujet de l'euthanasie, le cardinal souligne qu'on ne saurait l'autoriser mais ajoute qu'il ne « condamne pas les personnes qui posent un tel geste sur demande de quelqu'un qui va mal et par pur sentiment altruiste ».
A propos de l'interruption de grossesse, l'ancien archevêque de Milan fait preuve de la même humanité : « je considère qu'il faut respecter toute personne qui, peut-être après beaucoup de réflexion et de souffrance, dans ces cas extrêmes, suit sa conscience, même si elle décide de faire quelque chose que personnellement je ne puis approuver ».
Ce qui impressionne surtout à la lecture de cet entretien, que Golias publie dans son intégralité (voir aussi autres articles sur ce blog), c'est l'humilité du cardinal qui ne prétend pas avoir toutes les réponses en sa possession et se départit de toute forme d'arrogance, se refusant à condamner qui fera un autre choix en conscience ..
Avec beaucoup de lucidité, le cardinal remarque que de nombreuses questions concernant la naissance et la fin de vie sont en réalité « des zones frontières ou des zones grises où ce qui serait le bien véritable n'est pas immédiatement discernable». Carlo Maria Martini insiste justement : « il est de bonne règle d'abord d'éviter tout jugement hâtif puis de discuter avec sérénité pour ne pas créer des divisions inutiles ».
Christian Terras
1.Le professeur Ignazio Marino, scientifique et bio-éthicien de renommée mondiale, catholique, est Directeur du Centre de transplantations du Jefferson Medical College de Philadelphie. le 10 avril 2006 il a été élu au sénat italien dans le parti des Démocrates de Gauche (D.S.).
2. Le cardinal Carlo Maria Martini, 80 ans, jésuite, grand spécialiste des Saintes Écritures, a été archevêque de Milan de 1979 à 2002. Il vit actuellement à Jérusalem où il a repris ses études bibliques.
3. Le dialogue entre le cardinal Martini et le professeur Marino a été conçu et réalisé par Daniela Minerva qui en a assuré aussi la publication pour L'Espresso. Le texte intégral publié par Golias, a été traduit de l'italien par Carmine Casarin et Christine Bentley.
Dans des "zones frontières" ou des "zones grises" de la vie
où ce qui serait le bien véritable
n'est pas immédiatement discernable,
il est de bonne règle
d'abord d'éviter tout jugement hâtif
puis de discuter avec sérénité
pour ne pas créer des divisions inutiles ».
En ces temps de restauration conservatrice, beaucoup de catholiques se demandent où ils pourront bien entendre de la part d'un membre éminent de la hiérarchie une parole moins cassante, plus souple, plus éclairée.