Le Début de la Vie


entre le Cardinal Carlo Maria Martini
et le professeur Ignazio Marino
MARTINI
Je pense que nous pourrions commencer l'expérience d'un pareil dialogue
en partant du début de la vie et en particulier de cette pratique,
aujourd'hui de plus en plus courante,
qu'on appelle « fécondation médicalement assistée»
et au sort des embryons qui sont utilisés à cette fin.
À ce sujet il y a de nombreuses divergences d'avis
et aussi d'incertitudes de vocabulaire et de pratiques.
Voulez-vous éclaircir un peu ce point, sur la base de votre compétence?
MARINO
Aujourd'hui il est possible de créer une vie en éprouvette,
en ayant recours à la fécondation artificielle.
Face à des problèmes de fertilité à l'intérieur d'un couple,
la fécondation artificielle peut avoir pour but
de compléter une famille en lui donnant un enfant.
Cependant, cette pratique est répandue
en Italie et dans beaucoup de pays du monde
sans réglementation prévue par la loi.
La science et ses applications médicales
ont avancé plus vite que les législateurs et, pour cette raison,
nous devons actuellement faire face
au problème de milliers d'embryons humains
congelés et gardés dans les réfrigérateurs des cliniques,
sans que l'on ait décidé quel devra être leur destin.La loi italienne actuelle,
pour éviter de perpétuer
la production d'embryons de réserve qui ne seront pas utilisés,
a choisi une voie plus simple: en créer seulement trois à la fois
et les implanter tous dans l'utérus de la femme.
Mais cette quantité,
si on raisonne sur une base scientifique,
devrait être flexible et déterminée au cas par cas,
selon les conditions médicales du couple.
La science cependant vient à l'aide pour suggérer
des alternatives à la création et à la congélation des embryons.
Il existe des techniques plus sophistiquées que celles déjà utilisées,
prévoyant la congélation
non pas de l'embryon
mais de l'ovocyte au stade des deux pronucléi,
c'est à dire au moment où les deux bagages chromosomiques,
le féminin et le masculin,
sont encore séparés
et où il n'existe pas encore un ADN nouveau.Dans cette phase il n'est pas donné de savoir
Du point de vue biologique il n'y a pas de nouvelle vie.
quel chemin prendront les cellules
au moment où elles commenceront à se reproduire:
elles pourraient donner origine à un enfant
ou à des jumeaux monozygotes.
Il n'y a pas d'embryon,
il n'y a pas de nouveau patrimoine génétique,
et donc il n'y pas de nouvel individu.
Pouvons-nous alors penser
qu'il n'y en a pas non plus du point de vue spirituel
et que donc même celui qui a la foi
ne devrait pas avoir de problèmes à suivre ce chemin?
MARTINI
Je comprends que ces faits puissent tourmenter beaucoup de personnes,
surtout les plus sensibles aux questions éthiques.
En même temps je suis convaincu que les processus de la vie,
et donc aussi ceux de la transmission de la vie,
forment un continuum
où il est difficile de percevoir les moments d'un véritable saut qualitatif.
Cela implique,
s'agissant de la personne humaine,
qu'il faut un grand respect et une grande réserve
concernant tout ce qui, d'une certaine manière,
pourrait la manipuler et l'instrumentaliser dès ses débuts.
Mais cela ne veut pas dire
qu'on ne puisse repérer des moments
où il n'apparaît encore aucun signe de vie humaine
individuellement définissable.
C'est le cas, je crois, que vous avancez,
de l'ovocyte au stade des deux pronucléi.
Dans ce cas il me semble que la règle générale du respect
peut se conjuguer avec ce traitement technique que vous suggérez.Il me semble aussi que ce que vous proposez
permettrait le dépassement du refus
de toute forme de fécondation artificielle
qui est encore présent dans plusieurs milieux
et qui produit un écart douloureux
entre la pratique communément admise par les gens et sanctionnée parfois par les lois
et l'attitude du moins théorique de beaucoup de croyants.
En tout cas il me semble opportun de distinguer
entre la fécondation homologue
et la fécondation hétérologue.
Mais je crois qu'un refus radical de toute forme de fécondation artificielle
s'expliquait surtout par la question du sort des embryons.
Dans la proposition que vous avancez, un tel problème pourrait être résolu.
Je pense que nous pourrions commencer l'expérience d'un pareil dialogue
La science et ses applications médicales
C'est le cas, je crois, que vous avancez,