Le Début de la Vie

Publié le par MICHEL

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"Dialogue sur la Vie"
entre le Cardinal Carlo Maria Martini
et le professeur Ignazio Marino




1.- Le Début de la vie: "fécondation médicalement assistée"
 

MARTINI
fiv-1-copie-1.jpgJe pense que nous pourrions commencer l'expérience d'un pareil dialogue
en partant du début de la vie et en particulier de cette pratique,
aujourd'hui de plus en plus courante,
qu'on appelle « fécondation médicalement assistée»
et au sort des embryons qui sont utilisés à cette fin.
À ce sujet il y a de nombreuses divergences d'avis
et aussi d'incertitudes de vocabulaire et de pratiques.
Voulez-vous éclaircir un peu ce point, sur la base de votre compétence?


MARINO
Aujourd'hui il est possible de créer une vie en éprouvette,
en ayant recours à la fécondation artificielle.

Face à des problèmes de fertilité à l'intérieur d'un couple,
la fécondation artificielle peut avoir pour but
de compléter une famille en lui donnant un enfant.
Cependant, cette pratique est répandue
en Italie et dans beaucoup de pays du monde
sans réglementation pré
­vue par la loi.

fiv2-copie-1.jpg La science et ses applications médicales
ont avancé plus vite que les législateurs et, pour cette raison,
nous devons actuellement faire face
au problème de milliers d'embryons humains
congelés et gardés dans les réfrigérateurs des cliniques,
sans que l'on ait décidé quel devra être leur destin.

La loi italienne actuelle,
pour éviter de perpétuer
la pro
­duction d'embryons de réserve qui ne seront pas utilisés,
a choisi une voie plus simple: en créer seulement trois à la fois
et les implanter tous dans l'utérus de la femme.
Mais cette quantité,
si on raisonne sur une base scienti
­fique,
devrait être flexible et déterminée au cas par cas,
selon les conditions médicales du couple.

La science cependant vient à l'aide pour suggérer
des alternatives à la création et à la congélation des embryons.
Il existe des techniques plus sophistiquées que celles déjà utilisées,
prévoyant la congélation
non pas de l'embryon
mais de l'ovocyte au stade des deux pronucléi,
c'est à dire au moment où les deux bagages chromosomiques,
le féminin et le masculin,
sont encore séparés
et où il n'existe pas encore un ADN nouveau.

Dans cette phase il n'est pas donné de savoir
quel che
­min prendront les cellules
au moment où elles commen
­ceront à se reproduire:
elles pourraient donner origine à un enfant
ou à des jumeaux monozygotes.
Il n'y a pas d'embryon,
il n'y a pas de nouveau patrimoine géné
­tique,
et donc il n'y pas de nouvel individu.

Du point de vue biologique il n'y a pas de nouvelle vie.
Pouvons-nous alors penser
qu'il n'y en a pas non plus du point de vue spirituel
et que donc même celui qui a la foi
ne devrait pas avoir de problèmes à suivre ce chemin?


MARTINI
Je comprends que ces faits puissent tour­menter beaucoup de personnes,
surtout les plus sen
­sibles aux questions éthiques.

En même temps je suis convaincu que les processus de la vie,
et donc aussi ceux de la transmission de la vie,
forment un continuum
où il est difficile de percevoir les moments d'un véritable saut qualitatif.

Cela implique,
s'agissant de la personne humaine,
qu'il faut un grand respect et une grande réser
­ve
concernant tout ce qui, d'une certaine manière,
pour
­
rait la manipuler et l'instrumentaliser dès ses débuts.

Mais cela ne veut pas dire
qu'on ne puisse repérer des moments
où il n'apparaît encore aucun signe de vie humaine
individuellement définissable.
pronuclei.jpg C'est le cas, je crois, que vous avancez,
de l'ovocyte au stade des deux pronucléi.
Dans ce cas il me semble que la règle géné
­rale du respect
peut se conjuguer avec ce traitement technique que vous suggérez.

Il me semble aussi que ce que vous proposez
permet
­trait le dépassement du refus
de toute forme de fécon
­dation artificielle
qui est encore présent dans plusieurs milieux
et qui produit un écart douloureux
entre la pra
­
tique communément admise par les gens et sanctionnée parfois par les lois
et l'attitude du moins théorique de beaucoup de croyants.


En tout cas il me semble oppor
­tun de distinguer
entre la fécondation homologue
et la fécondation hétérologue.


Mais je crois qu'un refus radi
­cal de toute forme de fécondation artificielle
s'expliquait surtout par la question du sort des embryons.
Dans la proposition que vous avancez, un tel problème pourrait être résolu.



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Publié dans Carlo Maria MARTINI

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